Présentation du Libre Duo

Le Libre Duo a reçu l’autorisation de la FDA en 2024. Il s’agit du premier capteur continu (CGM) capable de mesurer simultanément le glucose et le bêta‑hydroxybutyrate (BHB), principal corps cétonique sanguin. Le dispositif se porte pendant 10 jours et utilise l’application LibreLink, déjà déployée pour le Libre 2, ainsi que les montres connectées compatibles. Les alertes sont transmises aux patients et aux aidants via l’app, offrant une surveillance en temps réel des deux biomarqueurs.

Fonctionnement technique

Le capteur repose sur une électrode enzymatique. Pour le glucose, la glucose oxydase catalyse l’oxydation du glucose interstitiel, générant un courant proportionnel à la concentration. Le module BHB utilise la bêta‑hydroxybutyrate déshydrogénase, qui convertit le BHB en acétoacétate tout en produisant NADH, détecté électrochimiquement. Les deux réactions sont intégrées sur le même substrat, ce qui nécessite une isolation micro‑fluidique afin d’éviter les interférences croisées. Les données sont échantillonnées toutes les 5 minutes, puis agrégées pour l’affichage. Le capteur transmet les mesures par Bluetooth Low Energy au smartphone, qui applique les algorithmes de correction de retard interstitiel avant de déclencher les seuils d’alerte définis par l’utilisateur ou le clinicien.

Analyse des impacts cliniques

Le suivi continu du BHB vise à détecter précocement la acidocétose diabétique (DKA), qui reste la principale urgence hyperglycémique. Selon Mark Taub d’Abbott, la DKA représente la première cause d’hospitalisation liée au diabète et a augmenté de façon notable au cours de la dernière décennie. Le Libre Duo pourrait réduire ce risque chez les patients à type 1, les enfants sous pompe à insuline et les adultes sous inhibiteurs SGLT2, où la glycémie peut rester modérée alors que le BHB grimpe. En fournissant un « check‑engine light » pour les corps cétoniques, le dispositif permet d’intervenir avant que l’acidité sanguine n’atteigne des niveaux critiques.

Limites et perspectives

Les premiers retours soulignent trois contraintes majeures. Premièrement, la précision du BHB en interstitiel reste inférieure à celle des bandelettes de laboratoire, ce qui peut générer des faux positifs et fatiguer l’utilisateur. Deuxièmement, la durée de vie de 10 jours impose un remplacement fréquent, augmentant le coût et le risque de non‑adhérence. Troisièmement, l’interprétation simultanée de deux flux de données (glucose et BHB) nécessite une formation clinique pour éviter les sur‑alertes. Enfin, l’absence de données publiques sur les essais de validation du capteur BHB limite l’évaluation indépendante de sa sensibilité et de sa spécificité. Malgré ces réserves, le Libre Duo ouvre la voie à une surveillance multimodale continue, qui pourrait être étendue à d’autres métabolites (lactate, pH) dès que les contraintes de miniaturisation et de calibration seront résolues.