Contexte et engagements publics

Lors d’un événement Axios, Kara Hurst, directrice de la durabilité d’Amazon, a reconnu que l’entreprise ne disposait pas d’une feuille de route claire pour atteindre son objectif de net‑zero d’ici 2040. Cette admission intervient alors que le groupe affiche un chiffre d’affaires de 717 milliards de dollars en 2025, soit une hausse de 12 % sur l’année précédente, le plaçant au même niveau que l’économie irlandaise. Amazon se positionne comme l’un des plus gros acheteurs d’énergie propre, avec un portefeuille de 42 gigawatts d’énergie renouvelable accumulés sur plusieurs années.

Malgré ces investissements, la densité carbone – quantité de CO₂ émise par dollar de revenu – a augmenté en 2025 par rapport à 2024, bien qu’elle reste inférieure à celle de 2022. Cette variation montre que la simple acquisition d’énergie verte ne suffit pas à compenser les émissions générées par l’ensemble des activités du groupe.

Architecture énergétique et projets controversés

Le modèle énergétique d’Amazon repose sur une combinaison d’achats d’énergie renouvelable et de production interne. En 2025, la société a annoncé la construction d’une centrale à gaz naturel de 7,65 GW destinée à alimenter un campus de centres de données dédié à l’IA. Le site comprendra 35 turbines capables de dégager jusqu’à 33 millions de tonnes de CO₂ par an, ce qui en ferait la plus grande source unique d’émissions de gaz à effet de serre aux États-Unis.

Ce choix technique s’explique par la densité énergétique du gaz naturel, qui permet de répondre rapidement à la demande croissante de puissance pour l’entraînement et l’inférence des modèles d’IA. Cependant, le recours au gaz augmente la facture carbone du groupe, contredisant son engagement « The Climate Pledge » et soulevant des questions sur la viabilité d’une stratégie hybride énergie propre / fossile à grande échelle.

Analyse des impacts et limites

Les données disponibles indiquent que la stratégie d’Amazon repose sur deux leviers : l’achat d’énergie verte à grande échelle et la construction d’infrastructures fossiles pour soutenir l’IA. Le portefeuille de 42 GW représente une capacité suffisante pour couvrir une partie substantielle de la consommation énergétique du cloud, mais il ne compense pas les émissions additionnelles générées par les nouveaux data centers alimentés au gaz.

Le fait que la densité carbone ait augmenté en 2025 montre que les gains d’efficacité ne sont pas proportionnels à la croissance du chiffre d’affaires. Cette dynamique suggère que, sans une réduction plus rapide de la consommation énergétique ou une transition totale vers des sources zéro‑émission, le groupe risque de dépasser son objectif de net‑zero.

En outre, la dépendance d’Amazon à l’IA comme moteur de revenu crée un effet de verrouillage : chaque amélioration du modèle nécessite plus de puissance de calcul, ce qui incite à maintenir ou à étendre les capacités fossiles tant que le coût de l’énergie renouvelable reste supérieur ou que les contraintes de disponibilité persistent.

Perspectives et exigences de gouvernance

Hurst a souligné que la lutte contre le changement climatique nécessite une coopération entre entreprises et gouvernements. Cette position implique que les régulateurs pourraient imposer des standards d’intensité carbone ou des quotas d’énergie verte pour les data centers. Sans une pression externe ou une innovation technologique capable de réduire drastiquement le besoin en énergie fossile, la trajectoire actuelle d’Amazon risque de rester en deçà de ses ambitions climatiques.