Contexte et objectifs

Des documents internes présentés lors d’un litige entre Amazon et le syndicat canadien Unifor décrivent Atlas, un outil d’intelligence artificielle développé en interne. L’objectif déclaré est de prévoir la probabilité qu’un entrepôt participe à une action syndicale – création d’un syndicat, grève ou sit‑in – afin d’ajuster la planification des effectifs et la productivité. Le même système serait appliqué aux sites américains, canadiens et britanniques, dont les entrepôts de Sutton Coldfield et de Coventry (UK) sont explicitement mentionnés.

Fonctionnement technique d'Atlas

Atlas agrège « des centaines de points de données », parmi lesquels figurent les publications sur les forums Reddit, les réponses aux enquêtes internes, les historiques d’incidents industriels et d’autres indicateurs liés au lieu de travail. Chaque entrepôt reçoit un score de risque compris entre 100 et 900. Le score le plus bas indique une probabilité élevée de mobilisation syndicale, tandis qu’un score élevé est perçu comme favorable par la direction. Les scores sont ensuite classés en cinq niveaux : le Tier 1 signale un risque imminent, le Tier 5 indique aucune menace immédiate. Six‑teens entrepôts sont répertoriés comme Tier 1, dont deux au Royaume‑Uni.

Le processus de calcul n’est pas détaillé, mais les documents d’entraînement pour les managers canadiens précisent que les données sont pondérées pour produire le score final. Aucun identifiant individuel n’est censé être associé au résultat, Amazon affirmant que l’analyse se fait au niveau du site ou du bâtiment. La méthodologie repose donc sur une agrégation anonyme, bien que les sources de données incluent des informations potentiellement identifiables comme les réponses à des sondages internes.

Implications juridiques et limites

Le recours à Atlas soulève plusieurs questions de conformité. En 2022, la CNIL française a infligé à Amazon une amende de 32 M€ pour surveillance excessive des travailleurs, notamment le suivi de l’inactivité de 1 à 10 minutes. Les documents actuels montrent que la même logique de collecte massive est appliquée à des indicateurs de comportement syndical, ce qui pourrait être interprété comme une forme de « bullying » selon les revendications de Foxglove et du cabinet Leigh Day. Le cadre juridique britannique exige que les employeurs ne puissent pas utiliser des données pour décourager l’exercice du droit de se syndiquer.

Amazon conteste ces accusations, précisant que Atlas ne suit pas les opinions ou l’appartenance syndicale des individus et qu’il ne s’agit pas d’une surveillance « individualisée ». Cependant, la capacité du système à combiner des données publiques (Reddit) et internes (enquêtes) crée un profil de risque qui, même sans identification directe, influence les décisions de staffing et de ressources. L’absence de transparence sur les algorithmes de pondération et sur les critères exacts de score rend difficile l’évaluation de la proportionnalité du traitement au regard du GDPR et du droit du travail britannique.