Contexte et acteurs

Le panel de l’All In conference a mis en avant deux structures majeures du domaine : AMI Labs, fondée par Yann LeCun, et World Labs, dirigée par Fei‑Fei Li. AMI Labs, créée il y a moins d’un an, reste très réservée sur ses projets, comme l’ont indiqué son co‑fondateur et vice‑président des world models, Michael Rabbat. De son côté, World Labs commercialise Marble, une plateforme capable de générer des environnements interactifs pour le jeu vidéo ou les effets CGI. Même les fournisseurs de données, tel Physicl, déclarent ne pas connaître les usages précis de leurs jeux de données, soulignant la culture du secret qui imprègne l’ensemble du secteur.

Fonctionnement des world models

Un world model représente une carte navigable du monde physique ou virtuel, généralement construite à partir de réseaux de neurones capables d’intégrer des informations spatiales, temporelles et sémantiques. L’architecture repose souvent sur des encodeurs‑décodeurs multimodaux qui transforment des capteurs (caméras, LIDAR, etc.) en une représentation interne exploitable pour la planification d’actions. Cette approche est comparable à celle utilisée dans les systèmes de conduite autonome, où le modèle prédit la dynamique de l’environnement afin de choisir la trajectoire optimale.

Applications envisagées et limites

Les entreprises citent plusieurs secteurs d’application : fabrication (optimisation de lignes de production), biomédecine (analyse d’images médicales), robotique (manipulation d’objets par des bras humanoïdes) et même assistance médicale via le partenariat d’AMI avec Nabia, qui développe des outils d’IA pour les praticiens. Marble, quant à lui, se concentre sur la création de contenus médiatiques, transformant quelques minutes de vidéo en environnements explorables. Toutefois, aucune feuille de route publique n’est disponible, ce qui empêche d’évaluer la maturité technique, les exigences de calcul (GPU, TPU) ou les performances comparatives (latence, précision) par rapport à des solutions open‑source.

Enjeux de la confidentialité

Le silence volontaire crée un « dark forest » où chaque acteur cherche à dissimuler ses avancées pour retarder l’entrée de concurrents. Cette stratégie profite à la levée de fonds, car les investisseurs perçoivent un potentiel non exploité, mais elle augmente le risque de duplication d’efforts de recherche et limite la validation externe, essentielle pour identifier des biais ou des failles de sécurité. En outre, les fournisseurs comme Physicl, qui ne connaissent pas les exigences exactes, ne peuvent pas optimiser leurs jeux de données, ce qui pourrait freiner l’efficacité des modèles entraînés. La combinaison d’une technologie polyvalente et d’une opacité stratégique pose donc des questions sur la durabilité de l’écosystème et sur la capacité du secteur à établir des standards communs.