Contexte de la chaîne d'approvisionnement
En début 2024, des chercheurs en cybersécurité ont identifié une compromission de la chaîne d'approvisionnement logicielle autour des outils de développement d’Anthropic. L’attaque visait les paquets distribués via le registre public utilisé par les développeurs pour intégrer Claude, le modèle de langage d’Anthropic, dans leurs applications. Le vecteur d’infection était une version modifiée d’une extension officielle, publiée sous le même nom que le paquet légitime, ce qui a permis à la version malveillante d’être téléchargée automatiquement par les environnements de développement.
Mécanisme de l'extension malveillante
Une fois installée, l’extension injecte du code qui intercepte les appels API vers Claude. Le code capture les clés d’API, les paramètres de requête et les réponses générées, puis les transmet à un serveur de commande et de contrôle (C2) contrôlé par les attaquants. En parallèle, le module charge un chargeur de trojan capable d’exécuter des commandes arbitraires sur la machine hôte, exploitant les privilèges du processus Python ou Node.js qui exécute le SDK. Le comportement de collecte de données est masqué par des fonctions de chiffrement symétrique avant l’envoi, rendant l’analyse réseau difficile sans déchiffrement.
Impact sur les appareils et les données
Les chercheurs estiment que l’infection a touché « des milliers d’appareils », incluant des postes de travail de développeurs, des serveurs CI/CD et des environnements de test. La fuite des clés d’API a permis aux acteurs malveillants d’utiliser les quotas de Claude pour générer du contenu à grande échelle, augmentant les coûts pour les victimes et créant un risque de génération de texte non autorisé. De plus, le trojan installé a été observé en train de télécharger des scripts supplémentaires, ouvrant la porte à des attaques de type ransomware ou à l’exfiltration de fichiers sensibles présents sur les machines compromises.
Réponses et mesures d’atténuation
Anthropic a révoqué les versions suspectes du paquet et publié un avis de sécurité recommandant la suppression immédiate des extensions installées après le 15 janvier 2024. Les équipes de réponse ont fourni des signatures de détection pour les principaux EDR, basées sur les hachages du chargeur C2 et sur les motifs de requêtes HTTP vers les domaines de commande. Les organisations sont invitées à vérifier l’intégrité de leurs dépendances via des outils de vérification de hash (ex. SLSA, Sigstore) et à restreindre l’accès réseau des processus de build aux seules destinations approuvées. Enfin, la mise en place de la surveillance du trafic sortant vers des endpoints inconnus a été soulignée comme mesure préventive clé.