Contexte juridique
En août 2026, Sony, EMI et Warner Chappell ont déposé une plainte contre Anthropic, accusant l’entreprise d’avoir violé le droit d’auteur en téléchargeant illégalement plus de sept millions de livres et des milliers de compositions musicales. Les éditeurs soulignent que le règlement de 1,5 milliard de dollars conclu précédemment avec les auteurs de livres ne suffit pas à décourager une société dont la valorisation atteint 2 trillions de dollars.
Mécanisme de piratage et collecte de données
Selon les échanges internes révélés, le co‑fondateur Benjamin Mann aurait, dès juillet 2021, utilisé le protocole BitTorrent pour télécharger et re‑uploader massivement des contenus depuis la plateforme de partage Library Genesis (LibGen). Cette opération aurait été approuvée par le co‑fondateur et PDG Dario Amodei, tous deux cités comme défendeurs. Le recours à BitTorrent permet de fragmenter les fichiers en centaines de morceaux, distribués simultanément à des milliers de nœuds, ce qui minimise les coûts de bande passante tout en maximisant le volume de données collectées.
Entraînement de Claude avec des œuvres protégées
Les plaignants affirment que les livres piratés, incluant les « œuvres complètes des Beatles », les « meilleurs titres de Taylor Swift » et les listes de « VH1 100 Greatest Songs of Rock & Roll », sont conservés « pour toujours » afin d’alimenter les jeux de données de Claude. Dans le même temps, des partitions et des recueils de chansons auraient été intégrés pour permettre au modèle de répondre à des requêtes telles que « recomposer les paroles d’Eminem à la manière de Beyoncé ». Cette approche implique l’ingestion brute de textes protégés, suivie d’une tokenisation et d’un entraînement non supervisé, où chaque token est pondéré sans filtrage de droits d’auteur.
Implications pour l’industrie musicale et les IA
Les éditeurs soutiennent que la capacité de Claude à reproduire littéralement des paroles ou à générer des « nouveaux » morceaux qui imitent le « cœur » d’œuvres existantes porte atteinte aux revenus des auteurs et à la valeur économique de leurs catalogues. Le recours à un corpus de plusieurs millions d’œuvres piratées augmente le risque de génération de contenus quasi‑identiques, ce qui pourrait déclencher des poursuites supplémentaires et forcer les fournisseurs d’IA à implémenter des filtres de conformité plus stricts. En l’absence d’injonction, Anthropic pourrait continuer à exploiter ces données, consolidant ainsi un avantage compétitif basé sur une violation systématique du droit d’auteur.