Contexte du marché de la mémoire

Le secteur de la mémoire vive (DRAM) et du NAND flash est dominé par trois acteurs qui détiennent près de 90 % du marché. Au deuxième trimestre 2026, Samsung contrôlait 39 %, SK Hynix 26 % et Micron 25 % (Counterpoint). Cette concentration rend l’offre sensible aux variations de capacité de production et aux priorités d’allocation entre IA et appareils grand public.

Les marges des fabricants ont explosé : SK Hynix a affiché une marge opérationnelle de 76 %, Micron une marge brute ajustée de 85 %, tandis que les profits des semi‑conducteurs de Samsung ont progressé d’un facteur 250 en un an. Ces indicateurs traduisent une rentabilité accrue liée à la demande d’applications gourmandes en mémoire.

Mécanismes de hausse du coût du RAM

Depuis 2021, la capacité d’ajouter davantage de puces sur chaque wafer s’est stabilisée, obligeant les fabricants à augmenter le nombre de wafers traités. Micron estime que la production d’une quantité équivalente de mémoire à bande passante élevée (HBM) nécessite trois fois plus de wafers que le DRAM conventionnel, ce qui consomme davantage de silicium et augmente les coûts de fabrication.

La montée en puissance de l’IA a accentué la demande. Les processeurs dédiés aux modèles génératifs utilisent du HBM, plus cher et plus difficile à produire, mais offrant des débits supérieurs. Les géants du cloud et les fabricants de puces comme Nvidia ou AMD garantissent des engagements d’achat multiyears, détournant la capacité disponible des produits de consommation.

Cette pression se reflète dans les prix du DRAM pour smartphones : une hausse de 56 % au premier trimestre 2026 et de 83 % au deuxième trimestre, comparé aux périodes précédentes. Le coût d’un module de 16 Go est passé de 42 $ au deuxième trimestre 2025 à 181 $ un an plus tard, soit une augmentation de plus de 300 %.

Implications pour les iPhones

Apple intègre chaque génération de iPhone davantage de RAM pour supporter les modèles d’IA embarqués et les exigences multitâches. L’augmentation du prix du composant mémoire se répercute directement sur le coût de revient du terminal. Une hausse de 300 % du prix du module DRAM implique une pression sur la marge brute du produit final, poussant Apple à réviser le tarif de vente.

Le modèle économique d’Apple repose sur un équilibre entre volume de ventes et marge unitaire. Face à une contrainte d’approvisionnement et à des engagements de capacité réservés aux clients IA, la société doit absorber des coûts plus élevés ou les répercuter sur le consommateur. Le premier scénario risque de réduire la rentabilité, le second conduit à une hausse du prix affiché.

En l’absence d’une expansion rapide de la capacité de wafers ou d’une diversification des fournisseurs, la tendance à la hausse des prix du RAM devrait persister pendant plusieurs années. Ainsi, les prochains iPhone seront probablement plus chers, non pas à cause d’une stratégie marketing, mais en raison d’une chaîne d’approvisionnement de mémoire sous tension par la demande d’IA.