Contexte et enjeux

Les nouveaux appareils équipés d’intelligence artificielle (IA) remettent en cause la définition juridique du recording. Historiquement, tout dispositif doté d’un microphone ou d’une caméra était considéré comme en train d’enregistrer dès que les capteurs capturaient des données. Cette règle repose sur le principe que les données sont conservées, que ce soit localement ou dans le cloud, constituant ainsi une trace permanente.

Approche d’Apple

Selon Bloomberg, Apple développerait une caméra domestique qui ne stocke aucune vidéo. L’appareil analyserait les images en temps réel et produirait des extraits textuels décrivant la scène, tout en conservant la reconnaissance faciale. Sur l’Apple Watch Series 12 et Ultra 4, la fonction Audio Intelligence inclut Live Rewind, qui génère un texte de 15 secondes, et Siri Recap, qui résume les conversations quotidiennes. Apple précise que ces fonctions sont opt‑in et que le processeur S11 exécute le traitement dans un enclave sécurisé, où les données brutes sont immédiatement effacées après l’extraction des informations. Tout transfert vers le cloud s’effectue via un private cloud compute, limitant l’accès aux données par Apple ou des tiers.

Approche de Google

Google explore un concept similaire pour ses lunettes intelligentes. Sandeep Waraich, directeur senior des wearables, a indiqué que les caméras pourraient fonctionner uniquement comme capteurs d’image, traitant les flux visuels en local pour produire des réponses AI sans conserver de séquences vidéo. Cette hypothèse implique que le dispositif ne crée aucune archive exploitable, mais génère néanmoins des sorties textuelles ou décisionnelles qui restent potentiellement révisables.

Analyse juridique et limites

Le débat porte sur la notion de « préservé et révisable » requise pour qualifier un acte d’enregistrement. Les transcriptions générées par Live Rewind ou les résumés de Siri Recap constituent des documents textuels stockés, même brièvement, ce qui pourrait être interprété comme une forme d’enregistrement selon la législation actuelle. De même, les extraits textuels issus de la caméra Apple, bien que non vidéo, sont conservés dans le cloud privé et restent accessibles en cas de requête judiciaire. L’absence de sauvegarde vidéo ne supprime pas nécessairement l’obligation de divulguer ces données aux autorités. En outre, la suppression immédiate dans l’enclave S11 dépend de la robustesse du mécanisme d’effacement, qui n’est pas détaillée publiquement, laissant une marge d’incertitude quant à la traçabilité résiduelle. Enfin, l’opt‑in ne garantit pas que tous les utilisateurs comprennent les implications de la création de métadonnées textuelles, créant un risque de consentement mal informé.