Présentation du concept de preuve de capture
Le projet Proof of Capture, développé par Alex Hornstein et un collaborateur du Recurse Center, propose d’attester la provenance d’une image au moment même de sa prise. Au lieu de détecter les falsifications après coup, le système intègre une signature cryptographique directement dans les données visuelles, rendant impossible la suppression de la preuve sans altérer l’image elle‑même.
Cette approche répond à la limitation des détecteurs de deep‑fake, qui voient chaque amélioration de leurs modèles servir de données d’entraînement aux générateurs. En ancrant la preuve à la capture, le problème de la course armée entre détecteurs et générateurs est contourné.
Implémentation technique : stéganographie, pHash, DWT/DCT et ATECC608
La première version du prototype cachait un hash SHA‑256 exact dans le bit de poids faible de chaque pixel. Cette méthode était fragile : toute recompression JPEG détruisait le watermark. La version actuelle utilise un perceptual hash (pHash) signé, réparti sur l’ensemble de l’image via une combinaison de transformée en ondelettes discrètes (DWT) et de transformée en cosinus discrète (DCT). Cette technique de watermarking en domaine fréquentiel survit à des compressions de type « WhatsApp‑grade », tout en restant capable de détecter des modifications de contenu telles que le recadrage ou le filtrage.
Le processus de signature repose sur le chip cryptographique ATECC608, auto‑soudé sur la carte caméra. Le chip détient une paire de clés : la clé publique est exportable pour la vérification, tandis que la clé privée reste confinée dans le composant et ne peut jamais être extraite. En cas de tentative de lecture ou de modification physique, le chip se verrouille de façon irréversible, garantissant l’intégrité de la clé de signature.
Le coût matériel du dispositif est inférieur à 100 $, ce qui rend la technologie accessible à des développeurs indépendants ou à des petites organisations souhaitant implémenter une chaîne de confiance image.
Comparaison avec l’approche d’Apple et le standard C2PA
Apple a annoncé son Apple Reference Image, où chaque capteur signe chaque pixel au moment de la capture. Contrairement à la solution open source, Apple ne stocke pas la signature dans l’image elle‑même ; elle la place dans un « digital negative » hébergé dans son infrastructure Private Cloud Compute. Cette architecture centralisée empêche l’accès direct à la preuve et dépend d’une API propriétaire dont le flux de vérification n’est pas encore public.
Le standard ouvert C2PA (Coalition for Content Provenance and Authenticity) est déjà adopté par Nikon, Sony, Leica et Adobe. Il définit un format de métadonnées signé qui accompagne le fichier image. Apple, en s’appuyant sur son cloud privé, ne tire pas parti de ce standard, ce qui limite l’interopérabilité avec les outils tiers et renforce le verrouillage propriétaire.
Limites et perspectives d’évolution
Bien que la stéganographie résiste aux transformations classiques (compression, redimensionnement), elle ne protège pas contre les attaques par capture d’écran. Un adversaire peut photographier un écran affichant une image générée par IA, obtenir ainsi une photo signée qui représente pourtant un contenu factice. Cette faiblesse souligne que la preuve de capture ne garantit pas la véracité du sujet, seulement l’authenticité du dispositif qui a capturé le signal visuel.
Le projet reste ouvert et invite la communauté à améliorer la robustesse du watermark, à intégrer le standard C2PA et à explorer des mécanismes de vérification décentralisée, par exemple via des réseaux de confiance blockchain. Tant que les fournisseurs de matériel et de services ne publieront pas leurs protocoles de signature, les solutions open source comme Proof of Capture offrent la meilleure transparence technique disponible.