Contexte hydrologique et décision fédérale

Le fleuve Colorado, qui fournit plus d’un tiers de l’eau de l’État, subit une sécheresse prolongée depuis plus de vingt‑cinq ans. En 2027, le plan du Département de l’Intérieur impose à l’Arizona une réduction d’au moins 760 000 acre‑feet par an, soit près de 25 % de son prélèvement habituel. Un acre‑foot équivaut à l’alimentation en eau d’environ trois foyers annuellement dans la région de Phoenix, ce qui rend la coupe comparable à la consommation de 300 000 acre‑feet de la ville chaque année.

Consommation d’eau des usines de semi‑conducteurs

Les fabs d’Intel et de TSMC utilisent de l’eau ultra‑pure pour le nettoyage et l’attaque chimique des wafers. La production d’un gallon d’eau ultra‑pure nécessite entre 1,6 et 1,7 gallon d’eau municipale après déionisation et osmose inverse. Un site typique consomme 10 millions de gallons d’eau ultra‑pure par jour, ce qui représente jusqu’à 16 millions de gallons d’eau municipale. Intel a déclaré avoir prélevé 2,7 milliards de gallons d’eau douce en 2025, tandis que le premier fab de TSMC consomme 4,75 millions de gallons par jour, soit l’équivalent de 14 000 foyers quotidiens.

Stratégies de réduction et de recyclage

TSMC recycle déjà 65 % de l’eau utilisée et prévoit d’atteindre 90 % avec la mise en service d’une installation de récupération. Intel mise sur des réserves souterraines et des projets de pompage pour compenser la perte d’apport du Colorado. Cependant, la conversion d’eau de surface en eau souterraine implique la construction de nouveaux puits et de réseaux de transport, ce qui augmente les coûts d’infrastructure et, à terme, les factures d’eau des usines et des résidents.

Implications économiques et perspectives

La réduction d’eau affecte directement la compétitivité des fabs, dont les marges dépendent de la disponibilité d’une source d’eau stable et bon marché. La hausse prévue des tarifs d’eau pourrait réduire la rentabilité des projets financés par le CHIPS Act, qui a alloué 7,86 milliards de dollars à Intel et 6,6 milliards à TSMC. En parallèle, l’agriculture continue de consommer plus de 70 % de l’eau de l’État, créant un débat sur la hiérarchisation des usages entre cultures et micro‑électronique. Sans solutions d’approvisionnement alternatives ou une coopération interétatique renforcée, la pénurie risque de ralentir l’expansion des capacités de fabrication avancée, limitant ainsi la capacité des États‑Unis à répondre à la demande croissante de puces pour l’intelligence artificielle.