Contexte commercial d'ASML

Le fabricant néerlandais de systèmes de lithographie, ASML, a déclaré lors d'une interview que ses ventes en Europe pour l'année 2026 s'élevaient à « absolument rien ». Cette affirmation repose sur les chiffres internes de l'entreprise, qui ne publie pas de ventilation régionale détaillée. Le constat s'inscrit dans un marché où les principaux acheteurs de machines EUV (extrême ultraviolet) sont les fonderies situées en Asie, notamment TSMC et Samsung, qui détiennent la quasi‑majorité des commandes mondiales.

ASML ne fournit pas de données chiffrées supplémentaires (volumes d'unités, valeur monétaire), ce qui limite la granularité de l'analyse. L'absence de ventes européennes ne signifie pas nécessairement une absence de présence locale : le groupe maintient des activités de R&D, de support technique et de formation sur le continent.

Facteurs expliquant l'absence de ventes

Plusieurs contraintes structurelles expliquent ce résultat. Premièrement, les usines de semi‑conducteurs européennes (ex. : STMicroelectronics, Infineon) utilisent majoritairement des équipements de lithographie DUV (248 nm) pour des nœuds technologiques supérieurs à 28 nm, alors que les machines EUV, vendues par ASML, sont requises pour les nœuds <10 nm. Deuxièmement, le coût d'une machine EUV dépasse les 150 M $, un investissement que peu d'acteurs européens sont prêts à financer sans subventions publiques importantes.

Enfin, le cycle de vie des projets de construction de fonderies s'étale sur plusieurs années. Les décisions d'achat d'équipements EUV sont prises en amont, souvent avant que les gouvernements européens ne finalisent leurs stratégies industrielles. Cette temporalité crée un décalage entre les annonces politiques et les ventes effectives.

Appel d'ASML à l'Union européenne

Face à ce constat, ASML a exhorté l'Union européenne à mettre en place des mesures incitatives afin de stimuler la demande locale. Parmi les leviers évoqués figurent des subventions directes à l'achat d'équipements EUV, la création de fonds de co‑financement pour les projets de fonderies avancées, et la simplification des procédures d'autorisation environnementale.

Le groupe souligne que sans un volume d'achats suffisant, les fournisseurs de chaîne d'approvisionnement (optique, lasers, contrôleurs) risquent de perdre leur compétitivité, ce qui pourrait entraîner une dépendance accrue vis-à-vis des acteurs non‑européens. Cette dépendance est souvent citée comme un risque géopolitique, notamment dans le contexte de la rivalité technologique entre les États-Unis, la Chine et l'Europe.

Implications et limites de l'analyse

En l'absence de chiffres détaillés, l'évaluation repose sur des tendances observées dans le secteur et sur les déclarations publiques d'ASML. Le manque de données précises empêche de quantifier l'écart entre la demande potentielle et les ventes réelles, ainsi que d'estimer l'impact économique d'éventuelles mesures de soutien.

Il convient également de noter que les prévisions de 2026 sont susceptibles d'évoluer en fonction des décisions politiques prises d'ici là. Une politique industrielle ambitieuse pourrait inverser la tendance, mais cela dépendra de la capacité de l'UE à mobiliser des financements et à garantir un cadre réglementaire favorable.