Contexte et échec du modèle initial
En 2022, la startup californienne Autonomy avait annoncé l'achat de 23 000 véhicules électriques auprès de 17 constructeurs, dont Tesla, pour les proposer via un service d'abonnement. En pratique, la flotte n'a jamais dépassé 1 000 unités. Une guerre des prix déclenchée par Elon Musk, qui a réduit le prix des modèles Tesla pour contrer l'arrivée massive de nouveaux EV, a fait chuter la valeur du parc d'Autonomy d'environ un tiers en moins d'un an, poussant l'entreprise au bord de la faillite.
Le modèle d'abonnement reposait sur un frais unique de 1 000 $ (pour les EV) suivi d'un loyer mensuel variable selon le modèle. Cette structure n'a pas suffi à compenser la forte dépréciation des actifs et la difficulté d'attirer des clients dont le crédit était limité, surtout alors que le prix moyen d'une voiture neuve dépassait 50 000 $ et que le marché de l'occasion connaissait une hausse similaire.
Nouvelle stratégie : intégration de véhicules à essence
En septembre 2026, Autonomy a annoncé l'ajout de véhicules à combustion interne (ICE) à son offre. La première sélection comprend des modèles Ford tels que le Mustang, le Ranger, le F‑150, le Bronco Sport, l'Escape et l'Explorer. Les véhicules sont approvisionnés via le concessionnaire local Galpin Motors à Los Angeles et seront disponibles dans les États où Autonomy opère déjà : Californie, Arizona, Floride, Texas, New York, Caroline du Nord et Washington.
Le pivot vise quatre segments clients identifiés par le PDG Fred Weick : les étudiants universitaires, les familles militaires, les travailleurs étrangers et les usagers recherchant une expérience « voiture de société ». L'objectif est de proposer un accès rapide à la mobilité sans les contraintes d'achat traditionnel, en conservant la même logique de frais d'adhésion + loyer mensuel, mais avec des coûts d'acquisition initiale potentiellement plus faibles grâce à la disponibilité plus large des véhicules à essence.
Analyse financière et risques opérationnels
Le passage aux ICE modifie plusieurs paramètres clés. Premièrement, la dépréciation des véhicules à essence est historiquement plus lente que celle des EV, surtout dans un contexte de prix du carburant stable. Cela pourrait réduire le risque de perte de valeur de ≈33 % observé précédemment. Deuxièmement, les coûts d'entretien et de carburant augmentent, mais Autonomy transfère ces dépenses aux abonnés via le loyer mensuel, ce qui nécessite une réévaluation précise des tarifs pour rester compétitif face aux locations traditionnelles.
Sur le plan réglementaire, les émissions de CO₂ des ICE restent soumises à des normes de plus en plus strictes, notamment en Californie où les crédits carbone peuvent impacter les marges. Autonomy devra donc intégrer ces coûts potentiels dans son modèle économique ou envisager des véhicules hybrides pour atténuer le risque.
Enfin, le repositionnement s'inscrit dans une tendance plus large : Hertz, autre acteur du leasing, a également abandonné son plan d'achat de 100 000 Teslas en 2024 pour revenir aux véhicules thermiques. Cette convergence indique que le marché de l'abonnement automobile pourrait nécessiter une offre mixte, combinant EV et ICE, afin de répondre à la volatilité des prix des batteries et aux préférences des consommateurs.