Contexte et plainte initiale
Le 15 janvier 2003, Bill Gates a adressé un courriel à plusieurs responsables de Microsoft pour dénoncer une série d’incidents liés à la chaîne d’acquisition de MovieMaker et du Digital Plus Pack. Il décrit une série d’échecs de connexion au site Microsoft.com, cinq temporisations avant d’obtenir la page de téléchargement, puis un délai supplémentaire de huit secondes avant l’affichage du contenu. L’ensemble de ces lenteurs est qualifié d’« inutilisable ».
Le problème se situe dans le contexte de Windows XP, système d’exploitation majoritaire à l’époque, et met en lumière une interaction complexe entre le site web, Windows Update et le processus d’installation locale.
Architecture du téléchargement et des correctifs
Le flux décrit par Gates implique trois points d’entrée distincts : le site de téléchargement public, le moteur de recherche interne du site, puis Windows Update. Après l’échec du premier accès, l’utilisateur est redirigé vers la recherche du site, où il doit saisir « movie maker » (avec un espace) au lieu de « moviemaker ». Cette exigence de formatage montre une absence de normalisation des métadonnées de recherche.
Une fois le lien trouvé, Windows Update déclenche le téléchargement de 17 Mo de contrôles supplémentaires, présentés comme des « patchs delta ». Cette étape, censée être légère, se transforme en un téléchargement complet, contredisant l’objectif de delta‑patching qui vise à ne transférer que les différences binaires.
Windows Update → télécharger 17 MB de contrôles → installer (≈6 min)L’installation elle‑même dure entre six et sept minutes, bloquant toute autre utilisation du poste. Le processus impose également un redémarrage obligatoire, entraînant la perte de l’état d’Outlook, ce qui indique que le script d’installation ne gère pas correctement la persistance des sessions utilisateur.
Analyse des performances et des limites techniques
Les temps mesurés (5 timeouts, 8 s de latence, 6 min d’installation) dépassent largement les seuils d’acceptabilité pour une expérience utilisateur fluide. Sur un réseau typique de 2003 (≈56 kbps DSL), le téléchargement de 17 Mo aurait nécessité plus de 40 minutes, mais Gates indique que le téléchargement est « rapide », ce qui suggère que le goulot d’étranglement réside dans les réponses serveur et les traitements côté client.
Le fait que le programme d’installation ne crée aucune entrée dans « Add/Remove Programs » alors que plusieurs paquets « Microsoft Autoupdate » apparaissent, révèle une incohérence du registre et du système de gestion des packages. Cette incohérence peut corrompre le catalogue des correctifs (ex. Q329048, Q810655) et rendre la maintenance du système plus difficile.
Implications pour l’utilisabilité et la gouvernance
Le courriel de Gates a déclenché une chaîne de réponses internes, assignant la responsabilité du site web à Dave Fester et la gestion des correctifs à Mike Beckerman. Cette répartition montre une prise de conscience de la nécessité d’un sign‑off sur l’expérience utilisateur avant chaque release.
En résumé, le cas expose trois faiblesses majeures : une architecture de distribution fragmentée (site web vs Windows Update), des processus d’installation non atomiques qui bloquent le poste, et une absence de suivi de l’état d’installation dans le registre. Corriger ces points nécessiterait une unification du point d’accès (ex. API de téléchargement unique), la mise en place de mises à jour incrémentielles réellement delta, et une meilleure journalisation des installations pour éviter la perte de données utilisateur.