Présentation

Le 3 octobre 2026, Jack Dorsey a confirmé que Bitchat, son application de messagerie décentralisée, a disparu des boutiques Apple App Store et Google Play en Inde. L’interdiction provient d’une demande officielle du ministère indien de l’Électronique et des Technologies de l’Information, appliquée via la Section 69A de l’Information Technology Act. La même décision a bloqué l’accès à la version bêta TestFlight et a rendu le site web du service injoignable pour plusieurs fournisseurs d’accès.

Contexte juridique

La Section 69A autorise le blocage de « contenus illicites », mais ne précise pas le retrait d’une application fonctionnelle. Le gouvernement avait déjà, en juillet 2026, ordonné à GitHub de retirer les dépôts source de Bitchat en invoquant une disposition différente, relative à la responsabilité des intermédiaires. Cette double approche juridique montre que les autorités utilisent à la fois le cadre de blocage de contenus et celui de la responsabilité des plateformes pour limiter un logiciel dont l’architecture rend la surveillance difficile.

Architecture technique

Bitchat repose sur un réseau maillé Bluetooth (Bluetooth mesh) qui permet aux appareils proches d’échanger des messages chiffrés sans passer par les réseaux cellulaires, l’Internet ou des serveurs centralisés. Chaque nœud agit à la fois comme client et relais, prolongeant la portée du signal de façon dynamique. Le chiffrement de bout en bout empêche les tiers, y compris les fournisseurs d’accès, d’intercepter le contenu. Cette conception rend la traçabilité des utilisateurs pratiquement impossible pour les forces de l’ordre, surtout lors d’interruptions de connexion Internet, comme celles imposées pendant les manifestations de New Delhi.

Implications pour la cybersécurité et la censure

Le retrait de Bitchat illustre la tension entre technologies de résilience réseau et exigences de surveillance étatique. En bloquant les points de distribution (App Store, Google Play, TestFlight) et en rendant le site inaccessible, l’Inde neutralise la diffusion d’une solution capable de fonctionner pendant les coupures d’Internet, ce qui contredit les objectifs de continuité de communication des activistes. Le fait que l’Inde représentait 85 % des téléchargements mondiaux de Bitchat entre le 17 et le 23 juillet 2026 (contre 1 % le mois précédent, selon Sensor Tower) montre l’impact potentiel d’une telle mesure sur la liberté d’expression numérique. L’ordre soulève également des questions de précédents juridiques : si une application peut être bloquée pour son architecture, d’autres services de contournement (ex. : VPN, réseaux maillés) pourraient être ciblés, renforçant la capacité de censure au niveau des plateformes d’applications.