Contexte et objectifs

Breakthrough Energy Ventures (BEV) a annoncé la sixième cohorte de son programme Breakthrough Energy Fellows, composée de 21 jeunes entreprises. L’objectif déclaré est de préparer le système électrique à une hausse de la demande estimée à trois fois le niveau actuel, conséquence de l’électrification massive des transports, de l’industrie et du chauffage. Le programme, désormais dirigé par Benjamin Gaddy après le départ d’Ashley Grosh, poursuit la même logique de « gros paris » visant à générer des retours significatifs sur des technologies à fort potentiel de réduction des émissions de carbone.

Technologies soutenues

Parmi les startups sélectionnées, Borealis Fusion travaille sur la fusion proton‑boron (p‑B11), un combustible abondant mais qui nécessite des températures supérieures à 10⁹ K pour déclencher la réaction. Si la barrière thermique est franchie, le coût de production d’énergie pourrait être fortement inférieur à celui des réacteurs à deutérium‑tritium. StarWarden développe des systèmes de gestion thermique destinés aux futures chambres de fusion, cherchant à limiter les pertes de chaleur et à améliorer la stabilité du plasma.

Dans le domaine des semi‑conducteurs, K1 Semiconductor propose une méthode de traitement plus efficace des matériaux tels que le nitrure de gallium (GaN) et le carbure de silicium (SiC). Selon les propos de Gaddy, ces procédés pourraient réduire le coût des composants de puissance de 50 % ou davantage, ce qui aurait un impact direct sur le prix des onduleurs et des convertisseurs utilisés dans les data centers et les réseaux électriques. Bedrock Semiconductor et VariFlux poursuivent des approches complémentaires pour augmenter l’efficacité énergétique des puces et des systèmes de refroidissement.

Les projets liés à l’hydrogène incluent AmHyTech et Ammovolt Energy, qui explorent le transport d’hydrogène sous forme d’ammoniac. L’ammoniac agit comme vecteur énergétique stable, contournant le problème de l’infrastructure quasi inexistante – « pratiquement zéro capacité installée » – pour le transport d’hydrogène pur. D’autres startups se concentrent sur l’agriculture (détection moléculaire de maladies des cultures) et sur la récupération de minéraux marins via des robots conçus pour minimiser l’impact environnemental.

Analyse des défis et perspectives

Les technologies de fusion p‑B11 restent confrontées à des exigences thermodynamiques extrêmes, ce qui implique des investissements lourds en lasers ou en champs magnétiques ultra‑puissants. La viabilité économique dépendra de la capacité à atteindre ces températures de façon répétable et à maintenir la stabilité du plasma. De même, les avancées en traitement de GaN et SiC nécessitent des équipements de dépôt à haute température et des procédés de gravure précis, dont la mise à l’échelle industrielle est encore incertaine.

Le transport d’hydrogène via l’ammoniac soulève des questions de sécurité (toxicit��) et de conversion d’énergie (efficacité du cracking de l’ammoniac). Sans un réseau de pipelines ou de stations de regazéification, la chaîne de valeur risque de rester fragmentée. Enfin, les solutions d’adaptation climatique – capteurs moléculaires et robots d’extraction marine – offrent des bénéfices immédiats, mais leur adoption dépendra de la réglementation environnementale et des coûts d’intégration dans les systèmes existants.