Résultats financiers du troisième trimestre

Broadcom a affiché un bénéfice ajusté de 3,32 $ par action sur un chiffre d’affaires de 29,59 milliards de dollars, soit une hausse de 86 % par rapport aux 15,95 milliards de l’exercice précédent. Le résultat net a triplé, passant de 4,14 milliards à 13,09 milliards de dollars, ce qui a largement dépassé les attentes de Wall Street (3,24 $ EPS et 29,36 milliards de ventes). Le segment semi‑conducteur a généré 16,7 milliards de dollars, trois fois plus qu’un an auparavant, tandis que l’infrastructure a atteint 8,75 milliards, légèrement en dessous du consensus de 8,82 milliards.

Malgré ces performances, l’action a reculé de près de 2 % après que la société a annoncé une prévision de revenu du trimestre en cours de 34,8 milliards de dollars, inférieure à l’estimation de 35,03 milliards. Cette divergence entre résultats exceptionnels et guidance prudente reflète la volatilité du marché des puces IA, où les marges peuvent être comprimées par des investissements d’infrastructure lourds et des engagements de volume à long terme.

Activité des puces IA personnalisées

Broadcom a présenté le processeur Jalapeno, développé pour OpenAI, et a confirmé la production de l’accélérateur MTIA destiné à Meta. Le PDG Hock Tan a indiqué que les livraisons de Jalapeno et de l’accélérateur Google Ironwood TPU8i pourraient atteindre 5 GW de puissance de calcul en 2026, avec un objectif de 10 GW supplémentaires à moyen terme. En 2027, OpenAI devrait déployer 1,3 GW de Jalapeno, avec une perspective de plus de 5 GW au-delà.

Ces chiffres traduisent une stratégie de « design‑for‑customer » où Broadcom ne vend pas seulement des blocs de silicium mais garantit des capacités de calcul mesurées en gigawatts. Cette approche contraste avec le modèle de Nvidia, qui se concentre sur des GPU génériques. En misant sur des ASICs optimisés pour l’inférence et la recommandation, Broadcom réduit la latence et la consommation énergétique, mais s’expose à des risques de dépendance vis‑à‑vis de quelques grands clients (Google, OpenAI, Meta).

Stratégie commerciale et risques associés

Le CFO Amie Thuener a évoqué des « garanties de valeur résiduelle » pour les laboratoires IA, un mécanisme financier qui lie la performance des puces aux flux de trésorerie des clients. Cette offre peut faciliter l’accès à des capitaux d’amorçage pour les labs, mais crée des passifs contingents pour Broadcom si les prévisions de déploiement ne sont pas tenues. De plus, la promesse de livrer « des dizaines de milliards de dollars de processeurs » chaque année à Google implique une capacité de production stable aux États‑Unis, un facteur sensible aux contraintes de chaîne d’approvisionnement et aux politiques commerciales.

Enfin, la prévision de doubler le revenu IA à 115 milliards de dollars en 2027, puis à 230 milliards l’année suivante, repose sur une adoption continue des ASICs personnalisés. Si la concurrence de Nvidia ou l’émergence de nouvelles architectures (ex. : puces optiques) ralentissent la demande, Broadcom devra ajuster ses marges ou diversifier davantage son portefeuille. La combinaison d’une performance financière exceptionnelle et d’une orientation produit très ciblée crée un profil de risque élevé, mais potentiellement très rémunérateur si les engagements de volume sont respectés.