Contexte géopolitique

Face aux menaces tarifaires de l’administration américaine et à la perspective d’une dépendance stratégique, le gouvernement canadien a créé le programme Launch the North. Le premier volet a attribué 8,33 M$ CAD à trois sociétés – NordSpace, Reaction Dynamics et Canada Rocket Company – et prévoit éventuellement jusqu’à 500 M$ pour garantir une capacité de lancement souveraine. Cette impulsion financière s’inscrit dans une stratégie de défense plus large, où l’accès autonome à l’espace est considéré comme un pilier de la souveraineté nationale.

Architecture du lanceur R‑2

Canada Rocket Company mise sur le R‑2, un lanceur moyen dont la charge utile maximale est de 12,5 t en orbite basse (LEO). Le véhicule comporte neuf moteurs à méthane fonctionnant selon un cycle à générateur de gaz, une architecture plus simple que le cycle à combustion stagée mais suffisante pour la classe de performance visée. Le premier étage est équipé de jambes d’atterrissage, indiquant une intention de réutilisation similaire à celle de SpaceX. La configuration globale rappelle le Falcon 9, mais sans les performances de poussée totale de 7 MN de ce dernier.

Infrastructure de test et financement

Le Jeremy Hansen Test Facility, nommé d’après l’astronaute canadien, représente un investissement de 30 M$ sur 50 acres. Le site prévoit jusqu’à trois bancs d’essai (verticaux et horizontaux) capables de tester des moteurs dépassant 1 MN de poussée (≈ 225 000 lbf). Le moteur E‑1 devrait y être testé d’ici deux ans, fournissant les données critiques pour valider le cycle à gaz et les performances du méthane. Au niveau de l’entreprise, 22,5 M$ ont déjà été levés et une levée de fonds de série A est en cours, soutenant une équipe d’environ 30 ingénieurs, dont plusieurs anciens de SpaceX, Blue Origin et Rocket Lab.

Évaluation de la faisabilité

Le calendrier affiché cible un premier vol en 2032, soit une période de six ans à compter du lancement du programme. Cette ambition implique de surmonter plusieurs défis : la certification d’un moteur à méthane à cycle gaz, la mise en place d’une chaîne de production capable de fabriquer neuf moteurs identiques, et le développement d’une infrastructure de récupération des étages. Le financement annoncé, bien que substantiel, reste inférieur aux budgets typiques des programmes américains (ex. > 1 Md$ pour le Falcon 9). Le succès dépendra donc de la capacité de Canada Rocket Company à maîtriser les coûts de production, à sécuriser des contrats de lancement garantis et à valider la réutilisation des étages dans les limites du budget.