Contexte et données de biomasse

Le calcul de la biomasse d’une espèce repose sur l’estimation du poids moyen d’un individu multiplié par le nombre total d’individus. Les études citées donnent des ordres de grandeur en millions ou milliards de tonnes métriques. Chez les humains, la masse totale est d’environ 350 millions de tonnes, soit cinq fois celle des fourmis, ce qui invalide le mythe populaire selon lequel les fourmis et les humains pèseraient autant. Le krill antarctique atteint 379 millions de tonnes (estimation 2009), légèrement au‑dessus des humains, tandis que le bétail domestique représente 650 millions de tonnes, le record parmi les animaux.

Les plantes sont quant à elles évaluées en fonction du carbone qu’elles contiennent. Bar‑On et al. (2018) mesurent la masse carbone des différents règnes : plantes 450 milliards de tonnes de carbone, bactéries 70 milliards, champignons 12 milliards, archaea 7 milliards, protistes 4 milliards, animaux 2 milliards, virus 0,2 milliard. Cette approche, bien que plus pertinente pour le cycle du carbone, sous‑estime la masse totale car le carbone ne représente qu’une fraction du poids biologique.

Analyse des espèces animales

Le bétail, principalement les bovins, dépasse largement les humains et le krill avec 650 millions de tonnes de biomasse. Cette valeur provient de la somme des poids de tous les bovins vivants, incluant les bovins de boucherie et les vaches laitières. En termes de carbone, ces bovins ne représentent que 61 millions de tonnes, soit moins de 3 % de la biomasse carbone animale totale, ce qui montre que la densité carbone des mammifères est relativement faible comparée aux micro‑organismes.

Les porcs, avec 140 millions de tonnes, restent loin derrière les bovins mais dépassent les humains. Le krill, bien que très abondant, ne compense pas son faible poids individuel (≈ 2 g) et reste marginal face aux espèces domestiquées.

Rôle des plantes et des forêts

Parmi les cultures, la canne à sucre détient le record de production annuelle avec 2 milliards de tonnes en 2023, soit près de six fois le poids total de l’humanité. La canne, étant pérenne, maintient une masse vivante constante entre les récoltes, ce qui augmente son poids total au-delà de la simple production annuelle.

Dans les forêts, deux conifères dominent la biomasse mondiale. Le mélèze de Dahurian, le plus répandu en Russie, représente au moins 8,4 milliards de tonnes de bois vivant, tandis que l’épinette noire du Canada dépasse 11 milliards de tonnes. Ces chiffres proviennent d’inventaires forestiers nationaux combinés à des densités moyennes du bois de mélèze. La proportion carbone de l’épinette noire (≈ 51 %) implique que cette seule espèce contient près de trois fois le carbone total de tous les animaux combinés.

Limites et incertitudes

Les estimations de biomasse sont soumises à d’importantes incertitudes. Les bactéries, qui vivent majoritairement dans les sédiments marins et souterrains, sont difficilement quantifiables ; une espèce bactérienne dominante pourrait théoriquement dépasser les plantes, mais les données actuelles restent fragmentaires. De plus, les chiffres de carbone ne traduisent pas directement la masse totale, car la proportion carbone varie fortement entre les règnes (par exemple, les animaux contiennent moins de carbone proportionnellement que les plantes). Enfin, les inventaires forestiers diffèrent selon les pays, et les méthodes de comptage (volume vs poids) introduisent des marges d’erreur qui peuvent modifier les classements.