Contexte : le réseau comme goulot d’étranglement de l’IA
Cisco explique que les plus grands entraînements d’IA utilisent aujourd’hui des centaines de milliers de GPU répartis sur plusieurs campus. Selon les données d’Epoch AI, les projets qui occupaient autrefois un ou deux bâtiments s’étendent maintenant sur des régions entières. Dans ce scénario, le réseau ne transporte plus de nombreux flux indépendants mais quelques flux massifs synchronisés entre accélérateurs. Un ralentissement d’un lien laisse les GPU inactifs, ce qui représente le gaspillage le plus coûteux en informatique.
Architecture ouverte à chaque couche
Le groupe a présenté une pile « open at every layer ». Au niveau du silicium, les puces G302 offrent la programmabilité P4, tandis que les systèmes G300 respectent la Nvidia Reference Architecture. En optique, le nouveau module USFP (Ultra‑Dense Small Form Factor Pluggable) délivre 400 Gb/s par lane, soit 12,8 Tb/s au total, quadruplant la densité de bande passante des modules actuels. Ce module est normalisé via un accord multisource avec TE Connectivity et Amphenol, ce qui devrait augmenter les volumes et réduire les prix. Au niveau du logiciel, Cisco propose plusieurs OS : SONiC, FBOSS, un NOS propriétaire, NX‑OS et IOS XR, ainsi que des contrôleurs tiers et l’écosystème Cilium gouverné par la CNCF. La prise en charge de SONiC inclut un SDK et une version validée par Cisco sous le contrôleur Nexus One, marquant un revirement par rapport à la politique historique de verrouillage.
Implications pour la performance et la sécurité
Le débit de 12,8 Tb/s du USFP réduit le nombre de liens nécessaires, limitant ainsi les points de défaillance et les temps de latence dans les topologies « scale‑across ». En outre, la fonction Intelligent Collective Networking intégrée au G300 détecte congestion et pannes et informe l’« ingress leaf » en temps réel, une fonctionnalité en cours de standardisation par l’IETF. Sur le plan sécuritaire, Cisco a introduit Live Protect pour SONiC, un moteur de protection en temps réel. L’entreprise cite une réduction du temps moyen d’exploitation d’une vulnérabilité, passé de neuf mois à environ dix heures, soulignant la nécessité d’une défense proactive dans des environnements où chaque milliseconde compte.
Analyse des risques et limites
Bien que l’ouverture favorise l’interopérabilité, elle expose également Cisco à une surface d’attaque élargie : chaque OS ou contrôleur tiers introduit potentiellement des vecteurs de compromission. La dépendance à des modules optiques standardisés implique que les fournisseurs tiers doivent respecter des exigences de fiabilité strictes, sous peine de provoquer des goulots d’étranglement. Enfin, la performance du réseau reste conditionnée par la qualité du câblage et des liens longue distance ; même avec un USFP, un lien sous‑dimensionné entraîne l’immobilisation des GPU, confirmant que l’infrastructure physique demeure un facteur limitant.