Présentation du projet

Le studio stillwet expose 75 œuvres générées par des IA spécialisées dans la peinture. Chaque modèle – Claude Opus 5.5, Gemini 3.8 Flash, GPT‑6.1 Sol, MiMo v2.6 Pro, entre autres – écrit un programme qui pilote une simulation numérique de peinture à l’huile sur lin. Aucun réseau de génération d’images n’est sollicité ; les agents ne voient jamais de référence visuelle, ils se basent uniquement sur des descriptions textuelles et des recherches sur Caspar David Friedrich.

Fonctionnement technique de la simulation

La simulation reproduit trois aspects physiques du médium : les poils de brosse, la viscosité du pigment humide et le séchage progressif des glacis. Le code produit par chaque IA décrit chaque coup de pinceau comme une instruction de couleur, de pression et de trajectoire, puis le moteur calcule l’interaction du pigment avec les couches précédentes. Sur les 75 tableaux, 46 ont été réalisés « passage à passage », c’est‑à‑dire en plusieurs étapes où le modèle recule, observe le rendu intermédiaire et ajuste le programme avant de poursuivre.

Les contraintes d’entrée varient selon les rounds. Au départ, les peintres disposent d’un terminal de ligne de commande, d’un journal de bord et d’un accès aux notes du studio. Dès le round 19, l’environnement se restreint aux seuls outils de l’éasel : pinceau, regard, journal et notes, éliminant toute inspection externe du code ou du rendu.

Analyse des résultats et limites observées

Les statistiques montrent une forte récurrence thématique : sur les 65 œuvres titrées, 31 contiennent les mots « Evening », « Dusk », « Twilight » ou « Sunset ». Cette concentration contraste avec la palette de Friedrich, qui peignait également des scènes diurnes comme Meadows near Greifswald. Le projet note ainsi un biais de génération vers les crépuscules, possiblement induit par les descriptions textuelles privilégiées.

Un problème technique notable concerne MiMo v2.6 Pro. Le modèle présente le bug identifié sous le numéro MiMo‑Code issue 2508 : lorsqu’une conversation contient plus de cinq images, il renvoie une version antérieure au lieu de la plus récente. Au round 18, 147 des 158 consultations du rendu provenaient d’états dépassés, ce qui a conduit les organisateurs à ne conserver que les quatre dernières vues pour chaque session.

Enfin, la duplication involontaire de compositions souligne la capacité des IA à converger vers des solutions similaires sans échange d’informations directes. Deux peintres, séparés de six heures, ont produit des scènes identiques d’un rivage baltique avec femme, bateau et rocher, l’un à l’aube, l’autre au crépuscule. Cette corrélation suggère que les contraintes de sujet libre et les connaissances partagées sur Friedrich orientent fortement la génération, même en l’absence de communication explicite.