Contexte et spécifications du C64

Le Commodore 64, commercialisé en novembre 1982, embarquait 64 ko de RAM, un processeur MOS 6510 dérivé d’un contrôleur industriel, le SID pour le son et le VIC‑II pour les graphismes 16‑couleurs. Son prix de 595 $ aux États‑Unis (399 £ au Royaume‑Uni) le rendait plus de deux fois moins cher que l’Apple II à 1 500 $, ce qui a conduit à la vente estimée de 12,5 M d’unités sur douze ans, le record du PC de bureau. Le système d’exploitation et le BASIC étaient gravés dans la ROM, éliminant le besoin d’un disque de démarrage et limitant les coûts matériels.

Q‑Link : architecture client‑serveur et modèle tarifaire

En 1986, Commodore a introduit Q‑Link, un service en ligne accessible via le C64C. Le service utilisait une architecture client‑serveur où le C64 fonctionnait comme terminal léger, les traitements majeurs étant exécutés sur les serveurs de QuantumLink. Cette approche réduisait le nombre d’échanges de paquets, permettant à davantage d’utilisateurs de partager la même capacité de bande passante. Le tarif horaire de 3 $ (augmenté plus tard à 3,60 $) était nettement inférieur aux 8 $ hors pointe et 22,50 $ en pleine journée facturés par CompuServe, grâce à l’achat de capacité de transmission en dehors des heures ouvrées.

Habitat : naissance du monde virtuel et leçons économiques

Développé par Lucasfilm, Habitat a été déployé sur Q‑Link comme le premier environnement persistant en ligne. Chaque avatar recevait 2 000 jetons à l’inscription et 100 jetons quotidiens, constituant la première monnaie virtuelle intégrée à un jeu. Les joueurs pouvaient acheter des biens (têtes d’avatar, meubles) via des « Vendroids » et les revendre à des « Pawn Machines », créant ainsi un marché secondaire. Un défaut de tarification a permis l’arbitrage : les mêmes objets étaient vendus à 75 tokens dans un Vendroid et rachetés à 100 tokens ailleurs, tandis que les boules de cristal pouvaient être achetées à 18 000 tokens et revendus à 30 000 tokens. Cette différence a généré une inflation monétaire instantanée, multipliant la masse monétaire du jeu par cinq en une nuit, illustrant le premier « dupe bug » économique.

Habitat a également introduit le terme « avatar », la personnalisation d’apparence et la propriété de biens immobiliers virtuels, des concepts aujourd’hui standards dans les MMO. Les interactions en temps réel, les forums et les jeux de société intégrés (échecs, blackjack, pendu) ont montré que la connectivité à faible coût du C64 pouvait supporter des expériences sociales complexes, ouvrant la voie aux mondes massivement multijoueurs modernes.