Contexte et enjeux

Le modèle économique actuel des centres d'IA repose largement sur les GPU Nvidia, dont l'efficacité est limitée par le temps d'attente des données entre les unités de calcul. Selon les rapports internes de plusieurs datacenters, jusqu'à 30 % du temps de calcul GPU est perdu à cause de la latence du réseau. Cornelis, spin‑off d'Intel depuis 2020, a levé 205 M$ auprès d'IAG Capital Partners pour commercialiser une solution qui cible précisément ce goulot d'étranglement.

Architecture du Active Compute Fabric

Le produit baptisé Active Compute Fabric repose sur un réseau de commutation à faible latence capable de transmettre simultanément les flux d'entrée et de sortie des puces. Contrairement aux interconnexions propriétaires comme NVLink, le tissu de Cornelis utilise une couche d'abstraction ouverte, ce qui permet d'interconnecter GPU de différents fournisseurs (AMD, Intel, Nvidia) ainsi que d'autres accélérateurs (TPU, Graphcore). La topologie proposée est une grille maillée où chaque nœud possède une bande passante de 400 Gb/s, suffisante pour soutenir les modèles de langage de plusieurs centaines de milliards de paramètres sans saturer le lien.

Analyse des performances et limites

Les premiers tests internes montrent une réduction de la latence de transfert de 45 % par rapport à une configuration PCIe 4.0 standard, et une amélioration du taux d'occupation GPU de 12 points de pourcentage. Cette amélioration provient du parallélisme du protocole qui décale le traitement des paquets dès leur arrivée, évitant ainsi le « stall » du pipeline de calcul. Cependant, la solution dépend d'une synchronisation précise du firmware du réseau et d'une configuration logicielle adaptée ; toute incompatibilité de version peut réintroduire des retards. De plus, le coût matériel du commutateur haute densité reste supérieur à celui d'un simple switch Ethernet, ce qui peut freiner l'adoption dans les petites installations.

Perspectives de marché

En ciblant les fournisseurs de cloud et les grands clusters de recherche, Cornelis vise à fragmenter la domination de Nvidia sur le segment du « full stack GPU ». Le financement de 205 M$ indique la confiance des investisseurs dans la capacité du tissu à créer un écosystème multi‑vendor. La société a déjà commencé les livraisons et prévoit une seconde génération de matériel d'ici la fin de l'année, avec une bande passante augmentée à 800 Gb/s et un support natif du protocole RoCE v2. Si ces évolutions se concrétisent, elles pourraient contraindre Nvidia à ouvrir davantage son logiciel de gestion de réseau pour rester compétitif.