Contexte de l'expérience
Le phénomène Bouba‑Kiki, découvert dans les années 1920, montre que la plupart des humains associent le mot "Bouba" à une forme arrondie et le mot "Kiki" à une forme anguleuse. L’étude menée par Eleonora Biffi à l’Université de Parme a testé si ce biais perceptuel s’étend aux chiens domestiques. Au total, 70 chiens ont participé, répartis en deux groupes expérimentaux distincts.
Méthodologie et suivi automatisé
Le premier groupe, 51 chiens, a été testé avec leurs propriétaires présents. Chaque duo a été placé dans une salle équipée de deux écrans et deux haut-parleurs, l’un à gauche, l’autre à droite. Pendant environ 15 minutes, les haut-parleurs ont diffusé alternativement les mots "Bouba" ou "Kiki" tandis que les formes correspondantes (une forme ronde et une forme pointue) changeaient de position. Une caméra GoPro a enregistré les mouvements de tête des chiens. Les enregistrements ont ensuite été analysés par une intelligence artificielle de suivi du regard, qui a transformé la direction de la tête en indicateur de l’attention visuelle.
Le second groupe, 19 chiens, a suivi le même protocole, mais les propriétaires portaient des écouteurs diffusant de la musique rock afin d’éliminer tout indice auditif provenant de l’humain. Cette condition visait à isoler la réponse du chien du possible effet de cueing involontaire du maître.
Résultats et analyse statistique
Dans le groupe 1, les chiens ont regardé la forme ronde de façon significativement plus fréquente lorsque le son "Bouba" était joué, et ont orienté leur attention vers la forme pointue pendant le son "Kiki". L’analyse statistique (test du chi‑carré, p < 0,05) a confirmé que ces associations dépassaient le niveau de hasard. Un biais général vers les formes pointues a également été observé, mais il a disparu dans le groupe 2, où les propriétaires étaient inaudibles. L’absence de ce biais indique que les indices non verbaux du maître (posture, regard) pouvaient influencer la préférence initiale des chiens.
Interprétations et limites
Les auteurs avancent deux hypothèses principales. D’une part, les chiens pourraient être sensibles aux caractéristiques acoustiques du vocabulaire (sons plus arrondis pour "Bouba", consonnes plus dures pour "Kiki"). D’autre part, une explication évolutive suggère que la morphologie faciale des chiens, historiquement plus anguleuse que celle des humains, pourrait favoriser une préférence innée pour les formes pointues, contrebalancée par l’influence humaine. La petite taille du groupe 2 (19 individus) limite la puissance statistique, et l’étude ne précise pas le niveau de familiarité des chiens avec les mots utilisés, ce qui pourrait moduler l’effet. Enfin, l’utilisation d’une IA de suivi du regard, bien que précise, dépend de la qualité de l’enregistrement vidéo et de l’algorithme de détection, introduisant une marge d’erreur non quantifiée dans le texte source.