Contexte et décision gouvernementale

Le Département de la Sécurité intérieure (DHS) a publié, le 20 octobre 2026, une ordonnance contraignant toutes les agences civiles fédérales américaines à cesser l’achat de services et de produits issus de la startup chinoise DeepSeek et à les retirer des systèmes informatiques existants. L’interdiction s’étend aux solutions tierces intégrant la technologie DeepSeek, bien que chaque agence puisse solliciter une exemption justifiée. Cette mesure prolonge une loi adoptée en décembre 2025 qui limitait déjà l’usage de DeepSeek dans les systèmes de renseignement à haute sécurité.

Le DHS invoque le cadre juridique chinois qui oblige les entreprises à remettre les données aux autorités, ce qui rendrait potentiellement accessibles les informations sensibles des utilisateurs gouvernementaux. DeepSeek a fait parler de lui en janvier 2025 avec le modèle R1, un modèle de raisonnement à poids ouvert et à coût réduit, qui a rapidement été comparé aux offres d’OpenAI et de Meta.

Risques techniques liés à la distillation de modèles

Les autorités américaines accusent DeepSeek et cinq autres laboratoires chinois d’utiliser la distillation de modèles, une technique consistant à exploiter les sorties d’un modèle propriétaire (par ex. GPT‑4 ou Claude) pour entraîner un nouveau modèle. Un rapport de septembre 2026 indique que DeepSeek aurait mené des campagnes de distillation à grande échelle, ciblant notamment les API d’OpenAI et d’Anthropic. Cette pratique expose les algorithmes et les données d’entraînement originaux à une forme de vol de propriété intellectuelle.

Techniquement, la distillation nécessite l’envoi de milliers de requêtes aux modèles cibles, ce qui crée un canal de collecte de données difficile à détecter dans les flux réseau habituels. Si un employé fédéral utilise un service SaaS basé sur DeepSeek, chaque interaction peut être enregistrée et réinjectée dans le modèle chinois, augmentant le risque de fuite de secrets d’État ou de données classifiées.

Implications pour les systèmes fédéraux et alternatives

Les agences doivent inventorier les déploiements actuels, désinstaller les bibliothèques DeepSeek et remplacer les services SaaS concernés. Le processus d’exception, prévu par le DHS, exige la soumission d’une analyse d’impact détaillée, incluant les versions exactes du logiciel et les flux de données concernés. Cette contrainte implique des coûts de migration et une révision des contrats fournisseurs.

En réponse, plusieurs départements envisagent d’adopter des modèles d’origine américaine ou des solutions open‑source dont la chaîne d’approvisionnement est auditable. Le contexte s’élargit avec les projets chinois d’imposer des restrictions à l’exportation sur 23 technologies liées à l’IA, dont les conceptions de puces et certains modèles avancés, signalant une escalade de la rivalité technologique.

À plus long terme, l’affaire DeepSeek souligne la nécessité d’établir des mécanismes de traçabilité des composants IA, comme les empreintes de modèle et les certificats de provenance, afin de garantir la conformité aux exigences de sécurité nationale. L’absence de transparence sur les versions et les paramètres des modèles rend actuellement la vérification difficile, ce qui pourrait pousser les législateurs à renforcer les exigences de divulgation pour tous les fournisseurs d’IA.