Contexte et objectifs

Le projet Automatic Transmission a mené la première étude à grande échelle sur la confidentialité des véhicules connectés. En partenariat avec Consumer Reports, les chercheurs ont analysé 21 véhicules récents (19 marques) et 30 applications mobiles associées, afin de déterminer quelles données personnelles étaient transmises et à quels destinataires.

Méthodologie de collecte

Les véhicules ont été placés dans un laboratoire équipé d’un point d’accès Wi‑Fi customisé sur un Raspberry Pi. Le trafic réseau a été enregistré avec

tcpdump
, ce qui a permis d’identifier les destinations IP sans déchiffrer le contenu, celui‑ci étant chiffré. Deux scénarios ont été testés : un état idle (véhicule au repos) et un état active (exécution de fonctions telles que le verrouillage des portes, la localisation ou la consultation du niveau de pression des pneus). Un sous‑ensemble de 11 véhicules électriques a également été testé dans une tente Faraday offrant ≈93 dB d’atténuation, afin d’observer le basculement du trafic cellulaire vers le Wi‑Fi.

Les applications mobiles ont été exécutées sur trois modèles d’iPhone (8 / iOS 16.6, X / iOS 16.7.11, 13 / iOS 18.5). Chaque application a été installée sur un téléphone « clean », les permissions demandées (localisation, Bluetooth, notifications, suivi) ont été acceptées, puis les interactions ont été enregistrées via la fonction d’enregistrement d’écran native. Le trafic a été intercepté avec mitmproxy grâce à des certificats racine installés sur les appareils.

Résultats quantitatifs

Les mesures révèlent que 19 sur 21 véhicules (≈90 %) contactent au moins un domaine tiers lorsqu’ils utilisent le Wi‑Fi, même en l’absence d’action de l’utilisateur. Côté applications, 7 sur 30 transmettent des identifiants sensibles (ex. IDFA, ad‑ID) à des trackers, et 5 sur 30 envoient le numéro d’identification du véhicule (VIN) ainsi que d’autres informations personnellement identifiables (PII) à des serveurs tiers.

Le test en tente Faraday a montré que le blocage complet du réseau cellulaire ne force pas systématiquement le basculement du trafic vers le Wi‑Fi ; certains véhicules continuent d’émettre des paquets vides ou de tenter des connexions cellulaires, ce qui indique une dépendance matérielle au module radio intégré.

Analyse des implications

Ces constats soulignent une visibilité limitée pour l’utilisateur final : les données quittent le véhicule ou l’application dès la connexion, sans que le conducteur puisse contrôler ou même connaître les destinataires. Le fait que la plupart des flux soient chiffrés empêche l’inspection du contenu, mais la simple présence de requêtes vers des domaines publicitaires ou de suivi constitue déjà une fuite de métadonnées exploitables pour le profilage. Le partage du VIN, en particulier, ouvre la porte à des corrélations avec des bases de données externes, augmentant le risque de suivi longitudinal ou de fraude.

Les réponses des constructeurs, présentées dans la section « Manufacturer Responses », varient de la reconnaissance du problème à l’absence de mesures correctives concrètes, ce qui indique un désalignement entre les exigences réglementaires émergentes (ex. GDPR, CCPA) et les pratiques d’ingénierie actuelles.