Contexte juridique et révélations documentaires
Des documents internes déposés dans le cadre du litige du Massachusetts contre ExxonMobil, initié en 2019, ont été rendus publics en 2026. Ces pièces couvrent les années 1980 à 2010 et incluent des mémos, des dépôts de témoins et des présentations internes. Elles sont utilisées par la procureure de l’État pour démontrer que la société aurait trompé consommateurs et investisseurs en affichant des engagements climatiques factices. Le même mois, la Cour suprême américaine a entendu les arguments d’Exxon et de Suncor contre une action de la ville de Boulder, Colorado, dont l’issue pourrait ouvrir la voie à plus d’une vingtaine de poursuites similaires.
Déclarations scientifiques internes sur les biocarburants à algues
Un scientifique d’Exxon, interrogé lors d’une déposition, a confirmé que le communiqué de presse de 2018 annonçant la production de « 10 000 barils d’algae biofuel par jour d’ici 2025 » était « patently false ». Il a qualifié l’objectif de « complètement impossible à atteindre » et a décrit le projet comme un « dead end ». Aucun protocole expérimental détaillé n’a été fourni pour justifier ce chiffre, et les rapports internes indiquent que les rendements de culture d’algues restaient bien en dessous de 1 % du volume requis.
Analyse technique des solutions revendiquées
La production de 10 000 b/j équivaut à environ 1,5 million de litres d’essence par jour. Pour atteindre ce débit, il faudrait cultiver plusieurs centaines d’hectares d’algues à densité de biomasse supérieure à 30 g m⁻² jour⁻¹, condition rarement observée en plein air sans apport énergétique externe. Les coûts énergétiques de la photobiosynthèse, la nécessité de systèmes de recirculation d’eau et la séparation du lipide exigent une consommation d’électricité supérieure à 5 MWh par tonne de carburant, dépassant largement le bilan carbone des carburants fossiles. En parallèle, une présentation de 2014 sur le captage et le stockage du carbone (CCS) répertorie les obstacles suivants : investissement « massif », besoin d’une capacité de stockage comparable à la production actuelle de pétrole et de gaz, coûts élevés et absence d’incitations de marché. Ces facteurs confirment que, à l’époque, la technologie n’était pas prête à une mise à l’échelle commerciale.
Implications et limites
Les révélations montrent un écart entre la communication publique d’Exxon et les évaluations internes de faisabilité. L’absence de données chiffrées fiables sur les rendements d’algues et les coûts de CCS empêche toute modélisation robuste de leur impact climatique. De plus, le fait que les scientifiques internes aient exprimé leurs doutes sans que la direction ne les intègre dans la stratégie publique indique une dissociation entre la recherche technique et la politique de communication. Cette situation alimente les accusations de « greenwashing » et renforce les arguments juridiques selon lesquels la société aurait délibérément masqué les limites techniques de ses projets climatiques. En l’absence de nouvelles preuves de progrès technologique, les revendications d’Exxon restent largement non étayées sur le plan scientifique.