Contexte et inspiration
Le texte décrit une démarche initiée comme exercice de données sur taxes, prestations et comportement de consommation. L’auteur a d’abord utilisé Opus, puis Fable 5, pour collecter les variables macroéconomiques. Le travail s’est cristallisé en une théorie formalisée co‑écrite avec un chercheur de la Stockholm School of Economics. Elle s’appuie explicitement sur le modèle de tâches marginales développé par Daron Acemoglu et Pascual Restrepo, reconnu pour relier technologie et rémunération.
Modèle économique proposé
Le modèle reprend deux piliers classiques. Premièrement, il conserve la fonction de location du capital (rental price of a machine) et le « edge at the marginal human task », noté technology, qui mesure l’avantage d’un travailleur sur une machine automatisable. Deuxièmement, il introduit la récursivité input‑output de Leontief (1936) et le concept de rente foncière de Ricardo (1817). L’équation centrale, présentée dans le texte, combine ces éléments : le salaire w est fonction de la technologie, de la rareté des facteurs (terre, pétrole, minerais) et des coefficients d’efficacité de production de machines (η) et de travail (λ). En notation simplifiée :
w = φ(technology, scarcity) × η(machine efficiency) × λ(labor efficiency)
Cette formulation implique que le salaire agrégé est « pin » par la technologie et les ressources physiquement limitées, sans paramètre libre supplémentaire.Analyse technique et limites
Le recours à la technologie comme variable endogène repose sur l’observation historique : pendant la Révolution industrielle, l’introduction de machines à vapeur a fait augmenter la variable technology, tandis que l’avènement des ordinateurs a entraîné une dépréciation similaire à celle observée dans les années 1970, selon l’auteur. Cette dynamique explique, selon le modèle, la hausse des prix du logement et la stagnation des salaires réels. Toutefois, le texte ne fournit pas de valeurs numériques pour technology, η ou λ, ce qui empêche une validation empirique robuste. De plus, la définition de la « scarcity » regroupe terre, pétrole, minerais, mais ignore les externalités numériques (bandwidth, data) qui pourraient devenir des facteurs limitants à l’ère de l’IA.
Implications politiques
Le modèle reproduit la solution de Henry George (1879) : taxer les facteurs rares pour financer la consommation. L’auteur propose d’étendre cette taxe à un fonds souverain investissant dans des actions étrangères, à l’instar du modèle norvégien, afin de capter les rendements liés aux effets de réseau. Cette suggestion repose sur l’hypothèse que les revenus du capital peuvent compenser la pression à la baisse de technology induite par l’IA. Sans données précises sur les rendements attendus, la viabilité de ce mécanisme reste spéculative. En résumé, la théorie offre une articulation originale entre modèles de tâches marginales et concepts classiques de rareté, mais son apport empirique nécessite des calibrations chiffrées et une prise en compte élargie des facteurs de rareté numériques.