Contexte et accusations
Matan Grinberg, co‑fondateur et PDG de Factory, a publié sur X le 30 septembre 2026 une déclaration selon laquelle Chris Degnan, alors conseiller du conseil d’administration de Factory, aurait transmis des informations confidentielles à Cognition, le principal concurrent de l’entreprise. Degnan, ancien directeur des revenus de Snowflake et partenaire chez RPT Partners, a annoncé deux heures plus tard son arrivée chez Cognition comme chief revenue officer. Il a contesté les accusations, affirmant qu’il avait démissionné de son rôle d’advisateur avant de rejoindre Cognition et qu’il n’avait jamais partagé de données sensibles.
Factory, startup de trois ans spécialisée dans les agents de codage autonomes, a levé 200 M$ à une valorisation de 5 Mrd, avec des clients tels que Nvidia, Adobe et T‑Mobile. Cognition, créateur de l’agent de codage Devin, a levé 2 Mrd $ à 48 Mrd de valorisation, comptant parmi ses clients Mercedes‑Benz, NASA et Goldman Sachs. Le différend se situe donc entre deux acteurs majeurs du marché de l’IA générative appliquée au développement logiciel.
Structure de gouvernance et obligations de confidentialité
Le conseil d’administration de Factory impose à ses membres une obligation de confidentialité liée aux discussions stratégiques, notamment les feuilles de route produit et les écarts de parité technologique. Grinberg indique que Degnan aurait continué à assister aux réunions du conseil tout en dialoguant avec les dirigeants de Cognition, créant ainsi un conflit d’intérêts potentiel. La portée exacte des informations partagées n’est pas précisée, mais le texte mentionne que Degnan aurait eu « accès à des questions opportunes sur notre feuille de route ». Cette situation met en lumière la fragilité des clauses de non‑divulgation lorsqu’un conseiller occupe simultanément un poste de direction chez un concurrent.
Degnan, de son côté, soutient que la dernière réunion du conseil à laquelle il a participé remonte à plusieurs semaines avant tout contact avec Cognition, et qu’il a informé Grinberg de son intention de quitter le poste. Il cite également une offre d’emploi à plein temps chez Factory, qu’il aurait refusée. L’absence de preuves documentées rend difficile l’évaluation juridique du manquement éventuel aux obligations de confidentialité.
Implications pour le capital‑risque et la concurrence IA
Le conflit expose les risques de conflits d’intérêts au sein des fonds de capital‑risque investissant dans des entreprises concurrentes. Khosla Ventures, investisseur à la fois dans Factory et Cognition depuis 2025, a publiquement soutenu les deux parties, illustrant la complexité de la gestion de portefeuilles où les acteurs se retrouvent en concurrence directe. Le partenaire de Khosla, Keith Rabois, a dénoncé l’éthique de « s’entretenir avec un concurrent tout en siégeant au conseil », soulignant la nécessité d’une séparation stricte entre les fonctions de conseil et les intérêts commerciaux.
Ce cas pourrait inciter les VC à renforcer leurs politiques de conflits d’intérêts, notamment en imposant des périodes de carence avant qu’un conseiller ne rejoigne un concurrent. Sur le plan concurrentiel, la fuite éventuelle de la feuille de route de Factory pourrait accélérer le rattrapage technologique de Cognition, affectant la dynamique du marché des agents de codage. En revanche, la visibilité médiatique du différend risque d’éroder la confiance des investisseurs et des clients dans la gouvernance de Factory, ce qui pourrait influencer les prochains tours de financement.