Contexte du marché

En 2024, les family offices géraient 5,5 trillions de dollars de patrimoine, selon Deloitte, et les prévisions les portent à 9,5 trillions d'ici 2030. Cette ampleur de capitaux explique l’appétit récent pour l’intelligence artificielle, perçue comme la classe d’actifs offrant le meilleur ratio rendement‑risque à court terme. Un rapport UBS 2026, basé sur 307 offices d’une valeur moyenne de 2,7 milliards de dollars, indique que les placements alternatifs – private equity, capital‑risque et crédit privé – représentent 42 % du portefeuille moyen, un niveau déjà élevé avant l’émergence du boom IA.

Historiquement, les investissements directs ont progressé dans les années 2010, pour atteindre 13 % du portefeuille en 2021 contre 9 % en 2019, avant de reculer brutalement. PwC signale que le volume total de transactions a culminé à 17 460 deals, soit environ 1,05 trillion de dollars, en 2021, puis a chuté de 53 % en 18 mois jusqu’à la fin 2023. Le premier semestre 2025 a enregistré le point le plus bas depuis une décennie, avant une reprise alimentée par la demande d’actifs IA.

Mécanismes d'investissement

Les family offices abandonnent de plus en plus les fonds « blind‑pool » traditionnels. Au lieu de confier leur capital à un gestionnaire pendant plusieurs années, ils achètent des parts existantes sur le marché secondaire ou concluent des accords directs avec les fondateurs. Cette approche limite l’exposition à un nombre restreint de sociétés tout en conservant la liquidité d’un placement secondaire, considéré comme le segment le plus « dé‑risqué » du capital‑risque actuel. Un conseiller cité indique que des engagements de 50 à 100 millions de dollars sont actuellement recherchés pour des parts secondaires d’Anthropic, l’un des acteurs les plus convoités aux côtés d’OpenAI.

Le modèle secondaire permet aux offices de profiter d’une traction commerciale déjà prouvée, réduisant ainsi le risque de perte totale. En contrepartie, les prix restent proches de ceux du marché primaire, ce qui laisse peu de marge pour des rendements exceptionnels, mais assure une exposition à des entreprises dont la valorisation a déjà été testée par le marché.

Analyse des risques et perspectives

Un rapport de J.P. Morgan Private Bank montre que 65 % des family offices prévoient de prioriser les investissements IA, malgré des inquiétudes sur les valorisations gonflées. Le principal risque réside dans la volatilité des multiples de valorisation, qui peuvent se contracter rapidement si les attentes de croissance ne se matérialisent pas. De plus, la concentration sur quelques titres augmente la sensibilité aux performances individuelles, un facteur aggravé par la nature cyclique du financement technologique.

Sur le plan macro‑économique, les offices opèrent dans un contexte de tensions géopolitiques, de niveaux d’endettement mondiaux élevés et de risques de récession. Ces variables peuvent réduire la capacité des startups IA à lever de nouveaux fonds, limitant ainsi les sorties potentielles pour les investisseurs privés. Néanmoins, la perception de l’IA comme une opportunité de croissance à long terme, combinée à la disponibilité de liquidités importantes, crée un environnement où les family offices sont prêts à accepter des prix élevés pour sécuriser des positions stratégiques.