Contexte et objectifs du test
Le commutateur « AI Controls » introduit dans Firefox 148 permettait de désactiver les fonctions génératives d’intelligence artificielle, mais ne touchait ni la télémétrie ni la publicité. Six mois plus tard, le PDG d’Mozilla, Anthony Enzor‑DeMeo, a qualifié ce mécanisme de « fonction IA la plus importante » parce qu’il offre la possibilité de tout désactiver. L’auteur du billet original a donc repris le même protocole sur la version 155, publiée le 1 septembre, afin de vérifier si le comportement réseau avait changé et d’évaluer la portée réelle du commutateur.
Méthodologie et mesures réseau
Le test a été réalisé sur un MacBookPro11,1 (modèle 2013 A1502) fonctionnant sous Ubuntu 24.04.3. Firefox 155.0 a été installé via le paquet .deb officiel. Deux profils vierges ont été créés : le profil A (sans commutateur activé) et le profil B (avec « Block AI Enhancements » activé). Chaque profil a subi un démarrage à froid, une phase d’inactivité, puis un scénario de navigation identique. Wireshark 4.2.2 a capturé tout le trafic, le décodage TLS étant rendu possible grâce à la variable d’environnement
export SSLKEYLOGFILE=~/sslkeys.log. Aucun WebDriver, aucun profil pré‑configuré, et aucune session distante n’ont été utilisés, garantissant que les mesures reflètent un usage réel.Résultats : impact du commutateur IA
Sur le premier lancement, Firefox 148 générait 25 connexions TLS et 76 requêtes DNS. Firefox 155, en configuration standard, ne produit que 14 hôtes TLS et 70 requêtes DNS, indiquant une réduction globale du bruit réseau. Lorsque le commutateur IA est activé, le nombre d’hôtes TLS chute à 9, tandis que les requêtes DNS restent proches de 68, montrant que le blocage des services IA supprime principalement les appels vers les serveurs de modèles génératifs (ex. api.openai.com, anthropic.com). En revanche, les flux de télémétrie (ex. telemetry.mozilla.org) et les requêtes publicitaires (ex. ads.mozilla.org) persistent dans les deux configurations, confirmant que le commutateur ne les affecte pas.
Les statistiques d’usage publiées par Mozilla indiquent que 1 % des utilisateurs désactive l’ensemble des fonctions IA et 3 % désactive des fonctionnalités individuelles. Le test montre que ces pourcentages peuvent sous‑estimer la vraie adoption du commutateur, car la découverte du réglage nécessite de naviguer via Settings → AI Controls, un chemin jugé « caché » par plusieurs testeurs internes.
Analyse de l’UX et des implications
Le placement du commutateur dans le menu hamburger, loin de l’onboarding, crée une barrière d’accès. Olivia O’Hara, responsable produit, a constaté que l’interface ne signale pas la présence d’IA, ce qui explique les faibles taux d’activation. Le commentaire de Jed Wheeler, qualifiant le faible usage de « mauvaise UX », trouve un écho dans les données : si les utilisateurs ne voient pas le bouton, ils ne peuvent pas l’activer. Cette situation soulève deux enjeux : d’une part, la transparence vis‑à‑vis de la télémétrie, qui reste active malgré le commutateur, et d’autre part, la responsabilité de Mozilla quant à la présentation claire des options de contrôle.
Sur le plan technique, le fait que le commutateur n’interrompe pas les flux de télémétrie signifie que les mécanismes de collecte de données sont implémentés en dehors du module IA, probablement via des services distincts intégrés au cœur du navigateur. Cette séparation rend le désengagement complet difficile sans une refonte architecturale. En conclusion, Firefox 155 confirme que le « kill switch » fonctionne comme prévu pour les services génératifs, mais son impact réel sur la protection de la vie privée reste limité tant que la télémétrie et la publicité continuent d’être envoyées.