Contexte et portée du système

Flock, société basée à Atlanta, déploie plus de 100 000 caméras de lecture de plaques d’immatriculation (LPR) à travers les États‑Unis. Ces appareils alimentent une base de données nationale qui consigne chaque plaque détectée, permettant aux services de police locaux et à certaines agences fédérales de suivre les déplacements de véhicules au niveau national. Lors du salon Disrupt 2026, le PDG Garrett Langley a confirmé que, malgré des signalements d’abus – notamment des officiers arrêtés ou licenciés pour usage illégal du système – l’entreprise n’a « fired » aucun client, y compris aucune force de police.

Architecture technique et flux de données

Chaque caméra LPR capture une image, extrait le texte de la plaque via un algorithme de reconnaissance optique de caractères (OCR) et transmet le résultat, horodaté et géolocalisé, à un serveur centralisé hébergé par Flock. Le serveur agrège les enregistrements dans une base de données indexée par plaque, date et localisation, accessible via une API sécurisée aux clients autorisés. Cette architecture centralisée facilite la recherche trans‑juridictionnelle, mais crée un point unique de concentration de données sensibles, augmentant la surface d’exposition aux intrusions et aux requêtes non autorisées.

Risques d’abus et limites de précision

Des enquêtes ont identifié plusieurs dizaines d’officiers qui ont exploité l’accès à la base pour traquer des individus sans mandat, entraînant des arrestations, des licenciements ou des démissions. La précision des systèmes LPR, bien que généralement élevée, n’est pas parfaite : des faux positifs ont conduit à des arrêts injustifiés, dont le cas d’un journaliste en véhicule d’essai. Ces erreurs proviennent de conditions d’éclairage variables, de plaques endommagées ou de limites de l’algorithme OCR, ce qui rend la décision judiciaire basée uniquement sur ces données risquée.

Réponses de l’entreprise et enjeux de gouvernance

Langley a indiqué que Flock mettrait fin à une relation client en cas d’abus « clair et généralisé », mais aucune mesure concrète n’a été prise à ce jour. L’entreprise refuse également toute vente à Axon, un concurrent spécialisé dans les caméras corporelles. Le débat interne mentionné par le PDG souligne l’absence de critères objectifs pour déclencher la résiliation, laissant la décision à l’appréciation managériale. Cette opacité alimente les protestations publiques – des manifestants ont même recouvert les caméras de sacs poubelle – et pousse plusieurs municipalités à résilier ou à ne pas renouveler leurs contrats, préférant des fournisseurs alternatifs.