Contexte du contrat

Google a signé un accord d’achat d’électricité (PPA) de 396 MW avec Fervo pour la centrale géothermique Cape Station, prévue en service en 2028 dans l’Utah. Le contrat inclut une option, valable jusqu’en juin 2030, permettant d’acquérir jusqu’à 600 MW supplémentaires, ce qui porterait le volume total à près d’un gigawatt. Cette transaction s’inscrit dans la stratégie de Google d’alimenter ses futurs data‑centers avec des sources d’énergie bas carbone.

Le PPA représente une part importante du portefeuille énergétique de Google, déjà diversifié entre éolien, solaire et stockage par batteries. En avril, la même entreprise a conclu un accord de 933 MW de gaz naturel au Texas, ce qui a temporairement complexifié son objectif net‑zero à l’horizon 2030. Le nouveau volume géothermique vise à compenser cette exposition au gaz.

Technologie géothermique améliorée

Fervo utilise des technologies d’enhanced geothermal systems (EGS) capables de forer à des profondeurs supérieures à 5 km, où les gradients thermiques sont plus élevés. Ces systèmes injectent de l’eau à haute pression, créent une fracture artificielle et récupèrent la chaleur sous forme de vapeur pour entraîner des turbines. Selon le rapport du DOE, l’application à grande échelle de l’EGS pourrait fournir jusqu’à 57 TW d’électricité aux États‑Unis, bien au‑delà des capacités actuelles.

Le site de Cape Station est autorisé à développer 2 GW, mais une étude tierce indique que le réservoir thermique pourrait soutenir jusqu’à 4 GW, soit le double de la capacité autorisée. Si Fervo exploite pleinement ce potentiel, la production géothermique de l’État doublerait, passant de 1,2 GW à près de 2,4 GW, ce qui représente une part notable du mix énergétique national.

Implications pour les objectifs net‑zero et l’IA

Le volume de 396 MW, voire 996 MW avec l’option, fournit une source d’énergie continue, caractéristique de la géothermie, avec un facteur de charge souvent supérieur à 90 %. Cette constance répond aux besoins de charge stable des serveurs d’IA, qui ne tolèrent pas les fluctuations rapides. En remplaçant une partie du gaz naturel, Google réduit son intensité carbone de plusieurs dizaines de milliers de tonnes d’équivalent CO₂ par an.

Le contrat renforce également la position de Google comme acheteur majeur d’énergie propre, ce qui peut influencer les tarifs de référence du marché de l’électricité verte. La visibilité d’un tel accord incite d’autres hyperscalers à envisager la géothermie comme composante de leurs stratégies de décarbonation.

Risques et perspectives d’évolution

Le principal risque réside dans la réalisation du calendrier 2028 : les forages profonds d’EGS sont soumis à des incertitudes géologiques et à des coûts d’excavation supérieurs aux projets conventionnels. Un dépassement de budget ou un retard pourrait affecter la rentabilité du PPA pour Google. De plus, la capacité maximale de 4 GW reste théorique tant que les tests de réservoir ne sont pas concluants.

Sur le plan financier, l’action de Fervo a connu une hausse de 30 % après l’annonce, avant un léger repli. Cette volatilité reflète la sensibilité du marché aux annonces de contrats de grande envergure, mais aussi aux incertitudes techniques. Si les performances d’EGS se confirment, le modèle pourrait être répliqué dans d’autres bassins géothermiques, augmentant l’offre de puissance bas carbone disponible pour les data‑centers.