Contexte de la résolution de l'ONU

Le 4 septembre, l'Assemblée générale a adopté une résolution menée par l'Afrique avec 164 votes favorables, six abstentions et l'unique opposition des États‑Unis, qualifiant le texte de « projet idéologique radical ». Cette résolution non contraignante invite les gouvernements, les écoles, les organisations internationales et les entreprises technologiques à privilégier la projection Equal Earth ou d’autres cartes à surface égale lorsque la taille relative des continents importe. Aucun mécanisme d’exécution n’est prévu, ce qui limite son impact direct sur les fournisseurs de services cartographiques.

Principe technique de la projection Mercator

Inventée en 1569 par le cartographe flamand Gerardus Mercator, la projection transforme la sphère terrestre en un cylindre tangent à l’équateur. Elle conserve les angles, ce qui rend les lignes de cap constante (rhumb lines) droites sur la carte. Cette propriété facilite le calcul de routes maritimes, car un cap constant se traduit par un tracé linéaire. En contrepartie, la transformation amplifie les distances latitudinales : chaque degré de latitude s’étire de façon exponentielle à mesure que l’on s’éloigne de l’équateur.

Adoption par les applications de navigation

Les principaux services de cartographie numérique, dont Google Maps et Apple Maps, utilisent des variantes de la projection Mercator. Google Maps, qui dépasse les deux milliards d’utilisateurs actifs chaque mois, conserve la forme de la projection pour garantir la cohérence des tuiles cartographiques et la rapidité du rendu sur les appareils mobiles. Apple Maps suit le même principe, privilégiant la continuité visuelle entre les niveaux de zoom. Le choix de la Mercator repose sur un compromis entre précision de navigation et performance de calcul, les algorithmes de tuilage étant optimisés pour ce modèle depuis plus d’une décennie.

Conséquences et limites de la persistance du Mercator

Le principal inconvénient de la Mercator est la déformation des surfaces : l’Afrique apparaît de taille comparable à celle du Groenland alors qu’elle est quatorze fois plus vaste. Cette distorsion influence la perception géopolitique ; une étude publiée dans *Communication Reports* a montré que la représentation Mercator pouvait renforcer l’argumentation sécuritaire autour de la proposition américaine d’achat du Groenland. Le maintien de la projection dans les applications populaires signifie que des milliards d’utilisateurs continuent de recevoir une vision cartographique biaisée, malgré les recommandations de l’ONU. Sans contrainte légale ou incitation économique, les acteurs du secteur restent peu incités à migrer vers des projections à surface égale, dont le calcul nécessite davantage de ressources serveur et un remaniement des systèmes de tuilage existants.