Contexte historique

Le 10 juillet 1941, la station radio allemande 2ny a transmis le message MVUEH à la station SS‑Totenkopf Quartiermeister Ib. Le message, enregistré à 17 h 30, porte le numéro 172 dans le registre de juillet 1941. Depuis 2005, aucune méthode n’avait permis de récupérer la clé et le texte clair, malgré la résolution d’un autre message de la même journée (nr 173, SIPVX) en 2017.

Le texte SIPVX, long de 94 caractères, utilise la même configuration de rotor (ordre 512) que le quotidien du 10 juillet 1941, mais diffère par les branchements du Steckerboard et le réglage des anneaux. MVUEH, quant à lui, compte 82 caractères et présente une configuration de rotor 253, distincte du quotidien.

Méthodologie de l’IA

Le modèle GPT‑6 Astra, sollicité par Carter Leffer, a d’abord analysé les messages non résolus publiés sur le site Crypto Cellar Research. En identifiant MVUEH comme le plus prometteur, l’IA a établi une corrélation avec le texte déjà connu de SIPVX, notamment la présence du nom de lieu ROSENOW répété deux fois, utilisé comme crib.

Pour exploiter ce crib, GPT‑6 Astra a généré automatiquement du code Python et C++ implémentant un simulateur d’Enigma et une Bombe d’Enigma. Le simulateur reproduit le comportement mécanique des rotors, y compris le turnover du rotor gauche au 72ᵉ caractère, phénomène rare qui complique les recherches de clé. La Bombe explore les permutations de branchements et de réglages d’anneaux jusqu’à identifier une configuration compatible avec le crib.

Analyse technique du break

Le processus a révélé plusieurs erreurs de transcription du texte chiffré original, notamment la perte du « i » dans le mot Bitte, qui apparaît sous la forme Btte. Cette anomalie a conduit à un décalage de douze caractères entre MVUEH et SIPVX. L’IA a également détecté que la signature du transmetteur, Waschbusch, était dupliquée dans SIPVX mais absente de MVUEH.

La clé finale de MVUEH utilise l’ordre de rotor 253, un branchement de Steckerboard et un réglage de ring distincts du quotidien. Le turnover du rotor gauche à la 72ᵉ lettre a été confirmé, expliquant pourquoi les méthodes classiques, qui supposent un turnover plus prévisible, avaient échoué.

Implications et limites

Le break complet a été réalisé en deux jours, un délai que l’auteur estime équivalent à plusieurs semaines de travail humain. L’étude des journaux de GPT‑6 Astra montre une capacité à combiner recherche d’archives (références aux collections du Bundesarchiv, dossiers RS 3‑3/20a et RS 3‑3/63b) et exploitation algorithmique, sans intervention humaine directe.

Malgré le succès, l’accès aux documents originaux du Bundesarchiv reste non vérifié ; les références mentionnées n’ont pas pu être consultées sur le site Crypto Cellar. Cette opacité souligne la nécessité de valider les sources archivistiques avant de généraliser la méthode à d’autres messages non résolus.