Contexte juridique

Le 2 octobre 2026, le département de la Justice américain a inculpé Greg Lui, 38 ans, PDG d’Earthmade Computer, de trois chefs d’accusation : conspiration en violation du Export Control Reform Act et du Export Administration Regulations, contrebande fédérale et blanchiment d’argent. Les faits remontent à octobre 2023 et se poursuivent jusqu’en août 2026. Le DOJ estime que les serveurs détournés contenaient plus de 300 millions de dollars de puces Nvidia, dont les modèles A100 et H100, classés « export‑controlled ». Les peines maximales prévues sont de 20 ans d’incarcération pour la conspiration ou le blanchiment, et de 10 ans pour la contrebande.

Mécanismes de contournement

Selon l’acte d’accusation, Lui a utilisé des documents falsifiés pour masquer la destination finale des expéditions. Un courriel de 2024 mentionne une commande de 70 serveurs contenant des GPU soumis à restriction, présentés comme destinés à la Malaisie. Une autre transaction décrit 27 serveurs d’une valeur d’environ 7 614 000 $, prétendument expédiés à un acheteur malaisien, alors que le même lot aurait été redirigé vers la Chine. Des envois de 92 serveurs ont transité par Singapour avant d’atteindre Hong Kong, puis Hangzhou. Un lot de 100 serveurs, chaque unité contenant des H100 évalués à plus de 22 M$, a été déclaré à un faux acheteur « Jackie Lui », identité usurpée à partir de documents achetés trois ans plus tôt. En 2024, les comptes bancaires de Lui chez Bank of America et JP Morgan ont reçu plus de 176 M$ liés à ces opérations.

Analyse des risques liés aux GPU

Les GPU A100 et H100 sont capables de traiter des péta‑flops et d’entraîner des modèles de langage de grande taille. Leur accès accélère la création d’IA générative et le calcul haute performance, deux domaines jugés sensibles pour la sécurité nationale. Si la Chine acquiert un volume suffisant de ces puces, elle pourrait réduire l’écart prévu jusqu’en 2030 entre ses capacités internes et les exigences de calcul pour les modèles de prochaine génération. Le DOJ souligne que le simple fait de disposer de ces puces, même sans les logiciels associés, constitue un risque stratégique.

Implications pour la conformité

Nvidia affirme que moins de 0,5 % de ses produits ont été détournés, mais les experts soulignent que le marché noir est difficile à mesurer et probablement plus vaste. Le cas expose les limites des contrôles internes : les systèmes de vérification de Nvidia et de ses partenaires (ex. Supermicro) n’ont pas détecté les manifestes frauduleux, même lorsque les installations déclarées étaient manifestement insuffisantes pour accueillir le nombre de serveurs commandés. Les autorités américaines demandent à Nvidia de renforcer ses protocoles de due diligence, notamment en surveillant les routes de transit via la Malaisie, Singapour, Thaïlande et Hong Kong, et en exigeant une validation indépendante des documents d’exportation. Le scandale montre que la conformité aux réglementations d’exportation repose autant sur la traçabilité logistique que sur la technologie des puces elles‑mêmes.