Contexte du puzzle

Dans The Secret of Monkey Island: Special Edition (2009), le protagoniste doit transférer du grog d’un gobelet en étain vers un autre avant que le récipient ne se désintègre. L’auteur a mesuré, à l’aide d’un chronomètre, une durée de dissolution d’environ 35 secondes. Cette donnée constitue le point de départ de l’étude.

Modélisation de la corrosion

Le modèle simplifié considère le gobelet comme une paroi de 2 mm d’épaisseur, faite d’étain pur (Sn). La corrosion est traitée comme une réaction de dissolution anodique où chaque atome d’étain libéré nécessite un proton (H⁺). En supposant une dissolution complète en 35 s, le flux de protons requis s’élève à l’ordre de 10⁻⁴ mol s⁻¹, soit une densité de courant d’environ 0,5 A cm⁻² sur la surface interne du gobelet. Une telle densité dépasse largement celle observée pour la corrosion lente de l’étain dans des milieux légèrement acides, indiquant la nécessité d’un milieu extrêmement agressif.

Exigences chimiques du grog

Parmi les composants listés – kérosène, propylène glycol, édulcorants, acide sulfurique, rhum, acétone, colorant rouge n° 2, graisse d’essieu, acide de batterie et pepperoni – seul l’acide sulfurique (H₂SO₄) fournit directement les protons requis. Pour atteindre la densité de courant calculée, il faut une concentration élevée (≥ 70 % en poids) et, idéalement, une température supérieure à 50 °C, conditions qui accélèrent à la fois la libération de H⁺ et l’oxydation de Sn en Sn²⁺ ou Sn⁴⁺. Les agents oxydants additionnels (par ex. acide de batterie contenant du sulfure d’hydrogène ou du chlorure) pourraient augmenter le potentiel d’oxydation, mais aucune donnée quantitative n’est fournie dans la source.

Les autres ingrédients – hydrocarbures (kérosène, acétone), glycols, édulcorants, rhum – sont soit neutres, soit susceptibles de former une couche protectrice qui ralentirait la corrosion. Leur présence ne peut donc pas expliquer la rapidité observée, à moins qu’ils ne soient en très faible proportion ou totalement absents.

Limites de l’étude

Le modèle repose sur plusieurs hypothèses simplificatrices : (i) le gobelet est considéré comme du Sn pur, alors que le vrai pewter peut contenir du cuivre ou du plomb, modifiant la cinétique; (ii) l’épaisseur de 2 mm est une estimation basée sur des répliques historiques, non mesurée dans le jeu; (iii) la température et l’agitation du liquide ne sont pas contrôlées. De plus, aucune mesure directe de la concentration ou du pH du grog n’est disponible, ce qui empêche de valider quantitativement le scénario proposé.

En conclusion, pour que le grog dissolve un gobelet en étain de 2 mm en 35 s, il doit contenir une forte proportion d’acide sulfurique concentré, possiblement complétée par d’autres agents oxydants. Les composants organiques mentionnés dans le jeu jouent probablement un rôle secondaire, voire inhibiteur, dans le processus de corrosion.