Architecture matérielle

Le cœur du ZGX Fury est le GB300 Grace Blackwell Ultra, un GPU Blackwell Ultra doté de 252 Go de mémoire HBM3e capable de délivrer 7,1 TB/s de bande passante. Ce GPU est couplé à un processeur Grace à 72 cœurs qui intègre 496 Go de LPDDR5X via NVLink‑C2C, ce qui porte la capacité de calcul à 20 pétaFLOPS en précision FP4. La combinaison de ces deux pools crée un espace mémoire cohérent de 748 Go, permettant au GPU d’adresser directement la mémoire du CPU et de supporter des modèles d’inférence de l’ordre de 100 milliards de paramètres.

La mémoire du CPU repose sur quatre modules SOCAMM de 128 Go chacun, offrant un débit total de 396 GB/s. Cette bande passante élevée est essentielle pour éviter les goulots d’étranglement lors du transfert de tensors entre le CPU et le GPU, surtout dans les scénarios de fine‑tuning où les gradients circulent fréquemment. Le processeur Grace est soudé sur le module hôte, éliminant les variations de latence liées à un socket traditionnel.

Sur le plan du refroidissement, HP utilise un circuit liquide de 1 400 W avec flux d’air optimisé, maintenant le GPU à 71 °C sous charge maximale. Le châssis, disponible en tour ou en version 5U avec rails, intègre le ConnectX‑8 SuperNIC qui propose deux ports QSFP112 de 400 Gbps chacun, permettant d’interconnecter deux ZGX Fury en mode haute disponibilité. Le stockage s’appuie sur quatre emplacements M.2 PCIe 5.0 : deux en RAID 1 pour le système d’exploitation et deux en RAID 0 pour les données, avec des disques auto‑chiffrants de 2 TB ou 4 TB au choix.

Logiciel et stack IA

Le système est livré avec Ubuntu 24.04 LTS et les outils de développement NVIDIA, complétés par le BIOS et le firmware BMC certifiés par NVIDIA. HP ajoute deux couches logicielles : Z Runtime, un utilitaire en ligne de commande dédié à l’import, au service et à la gestion locale des modèles, et Z Toolkit, qui regroupe des frameworks open‑source, le suivi d’expériences MLflow et le test d’Ollama. Ces outils visent à uniformiser le flux de travail entre le ZGX Nano et le ZGX Fury, facilitant le passage à une capacité mémoire et de débit supérieure.

Le partenariat avec Red Hat introduit la certification RHEL et l’intégration de Red Hat AI Factory avec NVIDIA. Cette suite combine RHEL, OpenShift et Red Hat AI Enterprise avec NVIDIA AI Enterprise, offrant des bibliothèques CUDA optimisées, une orchestration multi‑GPU et une isolation des charges de travail. Le but déclaré est de réduire le temps de mise en place, d’améliorer l’utilisation du GPU et de permettre aux équipes de déployer des modèles sans modifier leurs pipelines existants.

Implications pour le edge computing

En positionnant le ZGX Fury comme une « boîte d’inférence partagée », HP cible les départements, les usines et les sites distants qui ne disposent pas d’un data‑center dédié. La capacité de traitement de 20 pétaFLOPS et la mémoire unifiée de 748 Go permettent d’exécuter localement des modèles de grande taille, limitant les latences liées au transfert vers le cloud. Le réseau 400 Gbps assure une synchronisation rapide entre plusieurs nœuds, tandis que le stockage NVMe auto‑chiffré répond aux exigences de conformité des données sensibles.

Cette offre se place en concurrence directe avec le MSI WS300, déjà commercialisé, et le futur AMD Threadripper Halo Station. Le principal différenciateur réside dans l’intégration certifiée Red Hat et le logiciel Z Runtime, qui promettent une gestion plus centralisée des modèles. Toutefois, le prix n’est pas communiqué, et la disponibilité du pack Red Hat AI Factory reste conditionnée à une phase d’évaluation, ce qui peut retarder l’adoption dans les environnements très réglementés.