Contexte et données chiffrées

Le rapport d’Interisle Consulting Group indique que, sur l’ensemble des gTLD créés en 2025, au moins 10 % figuraient déjà sur des listes de blocage au moment de l’analyse. En tenant compte des domaines associés non listés, les auteurs estiment que la part réelle d’enregistrements malveillants pourrait atteindre 20 %. Une présentation au Forum politique ICANN 86 a confirmé ces chiffres, précisant que 10 % des domaines de 2025 étaient bloqués et que, selon une règle empirique de l’ICANN, deux domaines supplémentaires sur trois restent invisibles aux listes de blocage.

Définitions et limites méthodologiques

L’Office du CTO d’ICANN rappelle que la définition contractuelle de « DNS Abuse » se limite à botnets, malware, pharming, phishing et spam utilisé comme vecteur. Les catégories plus larges – fraude, escroquerie, sextorsion – sont exclues du périmètre officiel. Cette restriction influe directement sur les taux rapportés : un domaine signalé comme frauduleux ne sera pas comptabilisé comme abus DNS tant qu’il ne correspond pas aux critères contractuels. Le rapport d’Interisle a été critiqué pour ne pas détailler les écarts méthodologiques avec les standards ICANN, ce qui rend difficile la comparaison entre études.

Implications pour la gouvernance du DNS

Si 20 % des nouvelles gTLD sont effectivement contrôlés par des acteurs criminels, le risque de détournement à des fins de scams, ransomware ou exploitation sexuelle en ligne augmente. Le Global Anti‑Scam Alliance estime les pertes liées aux escroqueries à 442 milliards $ en 2025, tandis que l’indice Childlight signale que 6,7 % des enfants ont été sollicités en ligne la même année. Même si ces chiffres ne mesurent pas directement l’implication des noms de domaine, ils soulignent la nécessité d’une vigilance accrue au niveau de l’enregistrement et du suivi post‑enregistrement.

Perspectives et recommandations

Les acteurs du registre gTLD doivent réexaminer les obligations contractuelles, les mécanismes de partage de données et les procédures d’enquête. Une approche graduée pourrait inclure : une validation renforcée avant l’enregistrement, une surveillance continue des schémas de création à haut volume, et une réponse rapide dès la détection d’un usage malveillant confirmé. Les opérateurs de ccTLD, disposant souvent d’un cadre juridique plus direct, pourraient servir de modèle pour des actions ciblées contre les catégories d’abus exclues du contrat ICANN. Enfin, toute évolution doit préserver l’équilibre entre ouverture du DNS et protection contre les usages criminels, sans transformer ICANN en autorité de régulation de contenu.