En juillet 2026, le département de la Sécurité intérieure (DHS) a signé un contrat de 15 millions de dollars avec ZeroFox, une société spécialisée dans la détection automatisée de contenus jugés dangereux. Ce contrat couvre les agences ICE et Homeland Security Investigations et autorise ZeroFox à déposer des avis de retrait au nom du gouvernement jusqu’en 2028. L’affaire décrite ici montre comment ce service a été mobilisé pour demander la suppression du site icepicx.is, qui publie les identités professionnelles de fonctionnaires fédéraux.
Contexte de la demande
Le site, initialement hébergé sous le domaine icepi.cx, répertorie les noms, postes et coordonnées professionnelles de personnel ICE, informations issues d’une fuite de données. Les auteurs de la demande de retrait, une société tierce sans lien direct avec FlokiNet, agissaient pour le compte d’une agence gouvernementale. La requête a été rejetée par le fournisseur d’hébergement, qui a jugé que la publication servait d’outil de responsabilité journalistique. Malgré ce refus, le registre CentralNic a placé le domaine en serverHold, le rendant inaccessible, avant que le site ne revienne en ligne sous un nouveau domaine.
Mécanismes de détection et de notification
ZeroFox utilise une IA capable de scanner le web à grande échelle pour identifier des contenus qualifiés de « doxing ». Cette automatisation ne permet toutefois pas de distinguer entre une campagne de harcèlement et un projet de transparence publique. La décision finale repose donc sur un examen humain du contenu, qui dans ce cas a été externalisé au prestataire. Le modèle économique de ZeroFox repose sur le volume d’avis de retrait générés : chaque avis représente une prestation facturée, incitant à la production massive de demandes, même lorsqu’elles concernent des informations d’intérêt public.
Analyse des implications pour la liberté d’information
Le processus expose plusieurs failles. Premièrement, la législation comme le DSA impose des obligations aux hébergeurs mais ne contraint pas les émetteurs d’avis à divulguer leur identité ou la base juridique de leur réclamation. Ainsi, un organisme gouvernemental peut masquer son implication derrière un contractant privé, rendant impossible pour le destinataire de vérifier la légitimité de la demande. Deuxièmement, la capacité d’un registre à suspendre un domaine sans transparence crée un point de censure hors du contrôle des plateformes d’hébergement, comme le montre la mise en serverHold de CentralNic. Enfin, la dépendance à l’IA pour la première phase de filtrage augmente le risque de faux positifs, car l’algorithme ne peut pas évaluer le « public interest » inhérent aux données publiées.
Perspectives et recommandations
Pour limiter l’usage abusif de ces services, il serait nécessaire d’exiger que chaque avis de retrait indique clairement le commanditaire, le fondement juridique et la preuve d’une revue humaine préalable. Les registres devraient également instaurer une procédure de contestation avant toute suspension de domaine. Sans ces garde-fous, la combinaison d’un contrat gouvernemental, d’une détection automatisée et d’une action de registre constitue un mécanisme efficace pour faire disparaître des informations d’intérêt public sous couvert de lutte contre le doxxing.