Contexte et diffusion
En mars 2024, un compte Instagram vérifié sous le nom @miagoth_ a publié une image générée par IA montrant l’actrice Mia Goth portant un T‑shirt « My ex is my biggest fan ». Le post a atteint près de 500 000 likes et plus d’un million d’abonnés, malgré le fait que le compte était présenté comme un fan‑page. La même dynamique s’est reproduite avec d’autres célébrités : des vidéos de Taylor Swift, Drake, Steve Jobs ou Lionel Messi, toutes créées par IA, ont cumulé entre 371 000 et 3,1 million de vues sur la même plateforme.
Ces contenus ont été relayés par des sites de potins, indexés par Google et affichés dans les résultats de recherche sous forme de résumés automatiques, amplifiant ainsi la visibilité des deepfakes. Instagram a finalement supprimé le compte Goth et un autre dédié à Scarlett Johansson, invoquant la violation de la politique d’usurpation d’identité.
Mécanismes techniques et vérification
Les images et vidéos proviennent d’outils de génération d’images et de voix accessibles au grand public depuis plusieurs années. Les modèles de diffusion produisent des visages réalistes à partir de prompts textuels, tandis que les synthétiseurs vocaux reproduisent les timbres de chanteurs comme Drake ou les voix d’actrices. Le badge bleu de vérification, vendu par Meta, ne garantit pas que le compte soit géré par la personne représentée, ce qui permet à des acteurs tiers de diffuser des contenus non autorisés sous couvert d’authenticité perçue.
Sur YouTube, un système de détection de ressemblance a été déployé en partenariat avec l’industrie du divertissement. Ce système compare les pixels et les empreintes sonores des vidéos à une base de données de visages et de voix connus. Au premier semestre 2026, plus de 95 % des vidéos signalées via ce programme ont été retirées, selon le porte‑parole de YouTube.
Réponses des plateformes et cadre juridique
Meta a déclaré qu’elle interdit l’usage de l’image d’une personne pour se faire passer pour elle, qu’il s’agisse de contenu authentique ou généré par IA. Cependant, la suppression de comptes reste ponctuelle et dépend d’un signalement manuel. En l’absence de lois nationales sur le droit à l’image, les États‑Unis ont adopté le Take It Down Act en 2025, qui criminalise la diffusion d’images intimes non consensuelles, y compris celles créées par IA, et impose un délai de 48 heures pour le retrait par les plateformes.
Ces mesures législatives et techniques coexistent avec des pratiques commerciales : certains comptes monétisent les deepfakes en vendant des abonnements via Patreon ou Telegram, souvent en exploitant la sexualisation des images de femmes publiques. Le contraste entre la capacité technique de génération massive et la lenteur des réponses juridiques crée un environnement où la protection de la ressemblance reste partielle.