Contexte et adoption
JPEG XL a été refusé par Chrome en 2023 malgré son statut de codec libre de royalties. Cette décision a surpris les acteurs du Web, car le format était présenté comme une évolution de JPEG et plus versatile que WebP. En 2026, un décodeur Rust a été intégré partiellement à Firefox et à Chrome, ce qui a relancé le débat : le support récent pourrait-il compenser les failles de l’adoption initiale ?
Analyse de l'efficacité de la compression
Le principal argument de JPEG XL résidait dans son avantage lossless : les images encodées sont en moyenne 11,9 % plus petites que les équivalents lossless WebP, selon un jeu de test de 157 MP photos, 10 MP illustrations et 27 MP livres. Ce gain reste marginal lorsqu’on considère que la majorité du trafic Web utilise des codecs lossy. En pratique, le format perd en compétitivité lossy : les encodeurs AV1 (libaom, SVT‑AV1) offrent des réglages perceptuels (tune IQ, tune SSIMULACRA2) qui dépassent les performances de libjxl tant en vitesse qu’en fidélité par bit. Les métriques CVVDP et SSIMULACRA2 montrent un écart significatif au détriment de JPEG XL, confirmant que ses prétentions de supériorité perceptuelle ne se traduisent pas dans les benchmarks actuels.
Limites techniques de JPEG XL
Plusieurs éléments d’architecture freinent JPEG XL. Le codec utilise des blocs VarDCT de 2 × 2 à 256 × 256 pixels, mais ne propose aucune prédiction directionnelle, contrairement à WebP qui soustrait une prédiction de bloc avant la transformation en fréquence. L’absence de prédiction directionnelle affaiblit la préservation des bords et augmente le coût en bits. La solution proposée, les splines, reste théorique : aucune preuve de concept n’a démontré une amélioration réelle et l’algorithme de décision RDO nécessaire est coûteux.
JXL ne possède pas de filtrage de boucle de débordement (DLF). Les outils internes gaborish et EPF (edge‑preserving filter) sont des approximations, mais ils ne remplacent pas un vrai DLF capable de réduire le « mosquito noise » généré par les blocs. De plus, l’espace couleur XYB, censé offrir un gain perceptuel, repose sur une quantification agressive du canal B, entraînant une détérioration des couleurs dans les comparaisons avec JPEG ou AVIF. Enfin, le codec se montre peu efficace sur les images non photographiques : les patches proposés comme solution sont plus complexes à implémenter que l’Intra Block Copy d’AV1, et le codage résiduel reste lourd.
Implications pour le Web en 2026
Étant donné que le gain lossless de 12 % s’applique à un volume marginal d’images Web, l’effort d’intégrer un nouveau codec dans les navigateurs paraît disproportionné. Les navigateurs privilégient déjà AVIF et WebP, qui offrent une meilleure balance entre efficacité lossy, support matériel et complexité d’implémentation. Le décodage Rust, bien qu’intéressant pour la sécurité, ne résout pas les limites fondamentales de l’encodeur. En l’absence d’avancées majeures sur la prédiction directionnelle, le filtrage de débordement et l’optimisation du spectre XYB, JPEG XL reste une option de niche, peu susceptible de supplanter les codecs déjà adoptés.