Contexte de l’incendie

En juin 2024, un feu s’est déclaré dans le bâtiment inachevé du campus Lake Mariner, situé sur une ancienne mine de charbon au bord du lac Ontario, New York. Les pompiers du service Barker sont arrivés sans alarme fonctionnelle, sans système de suppression actif et avec trois hydrants hors service. Les fiches de données de sécurité, obligatoires pour identifier les produits chimiques présents, auraient été détruites par les flammes, laissant les intervenants « à l’aveugle » face à une fumée noire dense.

Structure de gouvernance et responsabilités

Le campus, évalué à 3,2 milliards de dollars, implique plusieurs entités. TeraWulf possède et exploite le centre, mais le terrain est loué à une société contrôlée par son propre PDG, créant une couche de détachement juridique entre propriétaire foncier et exploitant. Fluidstack, société britannique spécialisée en IA, gère les opérations de calcul. Google détient des bons de souscription garantissant un futur participation de 14 % et assure le paiement du bail de Fluidstack, tandis qu’Anthropic figure parmi les clients dont la demande de calcul justifie l’existence du site.

TeraWulf affirme être responsable de la « sécurité opérationnelle et de la préparation aux urgences », incluant les systèmes de sécurité requis et la coordination avec les premiers intervenants. Cette déclaration contractuelle se heurte à la réalité du terrain : les documents de sécurité ont disparu, les hydrants restent secs et les dispositifs de secours, comme les Knox boxes, ne sont pas encore déployés.

Analyse des systèmes de sécurité incendie

Les normes NFPA 75 et NFPA 76, applicables aux centres de données, imposent des alarmes de détection, des systèmes d’extinction à gaz inerte ou à brouillard d’eau, ainsi que des hydrants fonctionnels capables de fournir un débit minimum de 1 000 gpm pendant au moins 30 minutes. L’absence d’alarme et de suppression active constitue une violation directe de ces exigences, augmentant le temps d’intervention et le risque de propagation du feu.

Les « go‑bags » de fiches de données de sécurité, introduits après l’incident, visent à compenser la perte documentaire, mais ils ne remplacent pas les systèmes automatisés de détection. Les Knox boxes, boîtes sécurisées contenant les plans d’évacuation et les contacts d’urgence, sont en cours d’installation ; toutefois, tant que les hydrants restent secs, la capacité de lutte contre l’incendie reste insuffisante, même avec une réponse rapide des services locaux.

Implications pour la régulation des data‑centers IA

Ce cas illustre la difficulté d’attribuer la responsabilité lorsqu’une chaîne de parties prenantes se superpose. La responsabilité légale de TeraWulf peut être contestée par la société de location liée au PDG, tandis que Google, en tant que garant financier, pourrait être tenu responsable des manquements de sécurité si les exigences contractuelles incluent des clauses de conformité.

Les autorités locales pourraient renforcer les exigences de vérification pré‑construction, notamment l’obligation de soumettre les plans de sécurité aux services d’incendie avant le début des travaux. Une transparence accrue sur les accords de financement et les obligations de chaque acteur permettrait d’éviter que des documents critiques disparaissent en cas d’incident.