Contexte de la décision
Le 20 mai 2025, le Bureau international des poids et mesures (BIPM) a voté l’abolition du leap second, dispositif d’ajustement ad hoc ajouté à l’horloge atomique pour compenser les irrégularités de la rotation terrestre. Cette mesure, prévue initialement pour 2035, est avancée afin d’éviter un scénario où les systèmes devraient soustraire du temps, une opération jamais réalisée auparavant.
Fonctionnement du leap second et risques techniques
Le leap second intervient lorsqu’une différence entre le Temps atomique international (TAI) et le Temps universel coordonné (UTC) dépasse 0,9 s. L’insertion se fait généralement à 23 h 59 m 60 s du 30 juin ou du 31 décembre. Les protocoles de synchronisation comme NTP (Network Time Protocol) et PTP (Precision Time Protocol) doivent alors gérer un second supplémentaire, ce qui crée des timestamps non monotones. Des implémentations qui ne traitent pas correctement ce cas ont provoqué des pannes chez Foursquare, Reddit, LinkedIn et Yelp, où des services dépendants de l’ordre strict des horodatages se sont arrêtés.
Analyse des alternatives : le saut d’heure
Le BIPM propose de remplacer le leap second par un leap hour. Au lieu d’ajouter un second dès que la dérive atteint 0,9 s, le système laissera TAI et UTC diverger jusqu’à ce que l’écart atteigne une heure, moment qui, selon les calculs actuels, ne surviendra qu’environ 3 000 ans. Cette approche élimine les interruptions fréquentes, mais introduit une désynchronisation progressive entre le temps civil et le temps astronomique, ce qui pourrait affecter les applications nécessitant une corrélation précise avec la position des corps célestes.
Implications pour l’infrastructure numérique
Les géants du cloud – Meta, Google, Microsoft et Amazon – soutiennent la suppression du leap second, soulignant les coûts de mise à jour des systèmes de chronométrage et les risques de défaillance. En retirant ce mécanisme, les fournisseurs de services pourront standardiser leurs horloges sur le temps atomique sans implémenter de logique de correction ponctuelle. Cependant, les systèmes de navigation spatiale, d’astronomie et de géodésie, qui s’appuient sur la concordance entre UTC et le temps solaire, devront intégrer des algorithmes de compensation à plus long terme. Le principal défi réside donc dans la gestion de la dérive cumulative, qui, bien que lente, exigera des mises à jour de logiciels de synchronisation tous les siècles.