Contexte et rôle du conseiller IA

Le Vatican a créé en 2023 un bureau d’éthique dédié à l’intelligence artificielle, placé sous la responsabilité d’un prêtre jésuite spécialisé en technologie. Son mandat consiste à fournir au Saint-Père une analyse indépendante des enjeux sociétaux liés aux modèles de langage à grande échelle (LLM) et à conseiller sur les réponses doctrinales et politiques.

Observations sur les pratiques de marché

Lors d’une interview, le conseiller a souligné que les quatre acteurs majeurs – OpenAI (GPT‑4), Google DeepMind (Gemini), Anthropic (Claude) et Microsoft (partenariat avec OpenAI) – contrôlent plus de 80 % des capacités de calcul utilisées pour former les LLM les plus performants. Il a décrit ce partage de ressources comme une forme de cartel potentiel, où les entreprises s’accordent tacitement sur les prix d’accès aux API, les conditions de licence et les limites d’ouverture des modèles.

Cette concentration se traduit également par des accords de non‑concurrence implicites : les laboratoires publient rarement leurs architectures détaillées, limitant la reproductibilité académique et renforçant leur position dominante dans les standards de l’industrie.

Implications techniques et sécuritaires

Le conseiller a mis en avant deux risques majeurs. Premièrement, la standardisation forcée des interfaces API empêche l’émergence de solutions alternatives plus transparentes, ce qui complique les audits de sécurité et les évaluations d’impact éthique. Deuxièmement, la dépendance accrue des entreprises et des gouvernements à ces services cloud centralisés augmente la surface d’exposition aux attaques de type supply‑chain, où une compromission d’un seul modèle pourrait affecter des millions d’applications downstream.

Il a rappelé que le AI Act de l’Union européenne, prévu pour 2025, impose des exigences de transparence et de contrôle des risques, mais que l’efficacité de ces mesures dépendra de la capacité des autorités à surveiller les accords inter‑entreprises.

Limites et perspectives

Le Vatican ne dispose pas de données chiffrées précises sur les contrats de licence ou les volumes d’échange entre ces laboratoires, ce qui rend difficile la quantification du phénomène de cartel. Le conseiller a toutefois recommandé la création d’un registre public des accords de coopération afin de faciliter les investigations concurrentielles.

À moyen terme, il préconise le soutien à des projets open‑source de grande envergure – comme EleutherAI ou LAION – qui pourraient offrir des alternatives viables aux modèles propriétaires, tout en renforçant la résilience du secteur face aux risques de concentration.