Contexte et objectifs
Le 3 septembre 2026, le Conseil fédéral a publié les résultats du PoC BOSS, un test de faisabilité mené auprès de 172 fonctionnaires. Ce test portait sur la suite openDesk, plateforme collaborative open‑source développée en Allemagne. Fort de ces retours positifs sur le traitement de documents et la messagerie, le gouvernement a lancé un pilote couvrant 3 000 postes, soit environ 7 % du personnel fédéral. L’objectif affiché est de finaliser la migration d’ici la fin 2027, avec la perspective d’étendre le déploiement aux 54 000 postes existants.
Mise en œuvre technique du pilote
Le projet bénéficie d’un budget de CHF 9 millions. La migration s’effectue en mode dual‑run : les utilisateurs conservent l’accès à Microsoft 365 pendant la phase pilote, ce qui permet de comparer les performances et de réduire les risques d’interruption. Le principal défi identifié concerne la visioconférence à grande échelle, où les solutions open‑source montrent encore des limites de bande passante et de compatibilité avec les équipements existants. openDesk repose sur une architecture cloud hybride, avec des services hébergés dans des data‑centers suisses afin de garantir la résidence des données.
Analyse des enjeux de souveraineté numérique
Selon le professeur Matthias Stürmer (BFH), trois risques motivent le basculement : le risque d’accès étranger lié aux législations américaines sur le cloud, le risque de continuité de service dû à la dépendance à un unique fournisseur, et le coût croissant des licences sans contre‑pouvoir local. La loi EMBAG, entrée en vigueur en 2024, oblige les administrations fédérales à publier leurs logiciels sous licence open‑source, renforçant ainsi la transparence du code et la possibilité d’audits indépendants. En décembre 2025, la souveraineté numérique a été déclarée thème prioritaire, définissant la capacité de l’État à fonctionner sans fournisseur externe.
Perspectives et limites
Le commandement cybernétique de l’armée suisse a déjà planifié le remplacement complet de Microsoft 365 par openDesk pour octobre 2026, soulignant la sensibilité des données militaires. En parallèle, Microsoft investit CHF 325 millions dans l’IA et l’infrastructure cloud suisse, tentant de contrer l’argument de souveraineté. Si le pilote réussit, le modèle pourrait inspirer la France ou l’Allemagne, mais les limites techniques – notamment la qualité des conférences vidéo et la gestion des identités dans un environnement multi‑cloud – restent à résoudre avant une migration à l’échelle nationale.