Contexte et analogie DRAM
Depuis le début de 2024, les prix du DRAM ont progressé de plus de 400 % pour atteindre un pic où ils ont presque doublé en un seul trimestre. Selon SK Hynix, la pénurie pourrait se prolonger au moins jusqu’en 2028, voire 2030. Cette flambée s’explique par la difficulté de créer de nouvelles fonderies : la capacité de production met plusieurs années à se mettre en place, ce qui rend impossible de répondre rapidement à une demande soudaine.
Greg Herlein transpose ce scénario au marché du travail des ingénieurs seniors. Il avance que, comme le DRAM, les seniors constituent un facteur de production dont l’offre est « plate » pendant des années, tandis que la demande pourrait devenir verticale dès que les entreprises ne pourront plus former de nouveaux talents.
Impact de l’IA sur la formation des seniors
Le texte souligne que les agents d’IA remplacent aujourd’hui les tâches habituellement confiées aux ingénieurs juniors : tickets de support, correctifs, implémentations de fonctionnalités. Cette automatisation élimine le « pipeline » traditionnel où les juniors acquéraient, sous la supervision de seniors, le jugement et le goût du logiciel. Un rapport de Thoughtworks, présenté par Martin Fowler en juin 2026, a identifié une « crise d’apprentissage et de transmission de compétences », mentionnée dans six sessions distinctes du même événement.
Le rapport précise que si les juniors ne sont plus exposés à des incidents de production réels, le mécanisme de transmission de la « sagesse » technique disparaît. L’auteur note que la combinaison « travail + formation » était historiquement subventionnée : les tâches facturables payaient le salaire du junior, tandis que l’expérience acquise créait le futur senior.
Conséquences économiques et stratégies d’atténuation
Les données de recrutement montrent une hausse d’environ 20 % d’embauches de seniors dans les grandes entreprises technologiques d’une année sur l’autre. Si chaque société adopte la même logique de suppression des juniors, le marché se retrouve avec une demande simultanée pour un pool de seniors limité, ce qui, par analogie avec le DRAM, entraînera une hausse rapide des salaires et une concurrence accrue.
Herlein propose que la seule façon de « couvrir » ce risque est de réinvestir dès maintenant dans la formation interne, même si les tâches sont déjà automatisées. Il suggère de créer des programmes de mentorat où les seniors travaillent en binôme avec des agents d’IA, afin de préserver les moments de décision et de conception qui restent hors de portée des modèles actuels.
En résumé, le texte combine trois éléments factuels — hausse de prix du DRAM, rapport Thoughtworks sur la crise d’apprentissage, et augmentation de 20 % des embauches senior — pour démontrer que la pénurie de seniors n’est pas une simple prévision, mais une dynamique économique déjà observable. La solution réside dans la réintroduction délibérée d’expériences pratiques, même dans un environnement fortement automatisé.