Contexte du projet

En été 2025, le ministère danois de la digitalisation a lancé un test limité de Collabora, une suite bureautique open source dérivée de LibreOffice. Environ quarante agents ont été équipés du serveur Collabora fourni par la société danoise cBrain, afin d’évaluer la capacité du produit à remplacer Microsoft Office dans les flux de travail quotidiens.

Architecture technique de Collabora Online

Collabora Online repose sur un serveur d’application Java qui expose des API REST pour la création, la modification et la sauvegarde de documents. Le serveur s’intègre généralement à un annuaire LDAP ou à un fournisseur SAML pour l’authentification unique, ce qui permet aux utilisateurs du ministère de se connecter avec leurs identifiants internes. Les documents sont stockés dans un système de fichiers ou dans un service de stockage compatible WebDAV, et le format de fichier principal reste le standard ODF, tout en offrant une compatibilité partielle avec les formats Microsoft (DOCX, XLSX, PPTX). La solution nécessite une infrastructure serveur dédiée, souvent virtualisée, avec une charge CPU proportionnelle au nombre d’instances d’édition simultanées.

Analyse des raisons possibles du retrait

Le retrait du pilote, annoncé sans communiqué officiel, suggère plusieurs contraintes techniques. Premièrement, la compatibilité avec les formats Microsoft, bien que fonctionnelle, reste incomplète ; les agents ont signalé des pertes de mise en forme avancée et des problèmes d’interopérabilité avec les macros VBA, ce qui compromet la productivité. Deuxièmement, l’intégration au système de gestion documentaire existant du ministère a nécessité des développements spécifiques pour synchroniser les métadonnées, augmentant le coût de mise en œuvre au-delà des prévisions initiales. Troisièmement, la charge serveur observée pendant les sessions d’édition simultanée a dépassé les capacités de la plateforme cBrain, imposant des investissements supplémentaires en matériel ou en mise à l’échelle cloud. Enfin, les exigences de sécurité liées à la protection des données publiques ont pu pousser les décideurs à privilégier la solution Microsoft, déjà certifiée selon les normes nationales, plutôt que de poursuivre la validation d’une chaîne d’approvisionnement open source.

Implications pour les politiques d’open source

Ce revers montre que la simple disponibilité d’une alternative open source ne garantit pas son adoption dans un environnement gouvernemental. Les critères d’interopérabilité, de charge opérationnelle et de conformité réglementaire pèsent lourdement dans la décision finale. Les autorités publiques devront probablement renforcer les phases de test, inclure des métriques de performance et de compatibilité dès le début, et prévoir des ressources d’intégration dédiées avant de remplacer un produit propriétaire largement déployé.