Présentation du modèle économique

Le travail de Two Economists intitulé The AI Layoff Trap propose un modèle compétitif basé sur des tâches. Chaque entreprise peut réduire ses coûts en substituant la main‑d’œuvre par de l’IA. Le modèle suppose que l’entreprise capture l’intégralité de l’économie de coût, mais ne supporte qu’une fraction du recul de la demande que son automatisme engendre sur le marché des biens. Le reste de la perte de demande se répartit sur les concurrents, créant ainsi une externalité négative de la demande.

Mécanisme d’externalité de la demande

Dans le cadre théorique, le gain de productivité ΔC est immédiat pour l’entreprise qui adopte l’IA. En revanche, la réduction du revenu salarial ΔW diminue le pouvoir d’achat des travailleurs, qui sont également consommateurs des produits de toutes les firmes. Le modèle quantifie la part de perte supportée par l’entreprise comme α·ΔW (avec 0<α<1) et la part transférée aux rivaux comme (1‑α)·ΔW. Cette asymétrie incite chaque acteur à automatiser, même si la somme des pertes de demande dépasse les gains de coût agrégés, menant à un « arms race » d’automatisation.

Analyse des solutions de politique

Les auteurs testent plusieurs instruments : ajustement salarial, entrée libre, taxes sur le revenu du capital, revenu de base universel, formation, et négociations de type Coase. Tous échouent à rétablir l’équilibre parce qu’ils n’affectent pas directement la décision d’investissement qui dépend du gain de coût privé ΔC. En revanche, une taxe pigouvienne appliquée sur le coût d’automatisation, notée τ, réduit le bénéfice net de chaque adoption d’IA. En calibrant τ à la marge de l’externalité ((1‑α)·ΔW), le modèle montre que l’équilibre atteint une adoption d’IA compatible avec la demande globale, éliminant le surplus de licenciements.

Limites et perspectives

Le modèle repose sur des hypothèses de concurrence pure et de substitution totale du travail par l’IA, ce qui simplifie la réalité sectorielle où certaines tâches restent peu automatisables. De plus, la valeur exacte de α n’est pas fournie par les auteurs, rendant difficile la mise en œuvre précise d’une taxe pigouvienne. Enfin, l’étude ne considère pas les effets dynamiques de l’innovation technologique elle-même, qui pourrait créer de nouveaux marchés et ainsi compenser partiellement la perte de demande. Malgré ces réserves, l’analyse met en évidence que la dynamique concurrentielle, plus que la technologie elle‑même, conduit à un excès d’automatisation, et que seule une intervention ciblée sur le coût privé de l’automatisation peut corriger cet écart.