Contexte énergétique mondial
Le World Nuclear Industry Status Report 2026 indique que, dès avril 2025, la production mensuelle d’électricité solaire a dépassé celle du parc nucléaire mondial, suivi immédiatement par le vent en mars 2025. Entre mars 2025 et juin 2026, chaque mois a vu l’une ou l’autre de ces énergies renouvelables générer plus d’électricité que le nucléaire. Cette inversion de tendance s’inscrit dans une dynamique de capacité où le solaire a ajouté 510 GW, portant son stock à 2 383 GW (+27 % en un an), tandis que le parc éolien a progressé de 159 GW pour atteindre 1 291 GW (+14 %). En revanche, la capacité installée du nucléaire n’a progressé que de 1,5 GW, atteignant 399,5 GW, et sa capacité opérationnelle a reculé de 0,5 GW, s’établissant à 368,6 GW.
Des estimations plus récentes de l’IEA PVPS suggèrent que les ajouts de PV en 2025 s’élèvent à 690 GW, soit 180 GW de plus que les chiffres du WNISR, ce qui élargit davantage l’écart de croissance entre solaire et nucléaire.
Analyse des dynamiques de capacité et de production
Le bond de 30 % de la production solaire en 2025 a permis de dépasser la production annuelle du nucléaire pour la première fois, alors que le parc nucléaire n’a enregistré qu’une hausse de 1,1 % de son output, concentrée en Chine (+7,6 %). En dehors de la Chine, la production nucléaire a baissé de 0,2 %, entraînant une part de 8,8 % de l’électricité mondiale, la plus basse depuis plus de 45 ans et environ la moitié du pic de 17,5 % atteint en 1996.
Le stockage d’énergie a joué un rôle d’amortisseur : 104 GW de batteries et 257 GWh d’énergie stockée ont été connectés en 2025, 78 % du stock cumulé de systèmes de stockage d’énergie à grande échelle (BESS) étant installé entre 2023 et 2025. Cette capacité de tampon atténue les effets de la variabilité solaire et éolienne, mais souligne également la dépendance croissante aux solutions de stockage pour absorber les périodes de production excédentaire ou de prix négatifs.
Enjeux technologiques et perspectives du nucléaire
Le parc nucléaire reste géographiquement concentré : 411 réacteurs en service dans 31 pays au 1ᵉʳ juillet 2026, avec une capacité opérationnelle de 374,7 GW. Le nombre de réacteurs en construction a atteint 73, le plus haut depuis 1987, dont 37 en Chine et 29 utilisant la technologie russe. Malgré ce nombre, les délais restent critiques : les 16 réacteurs mis en service entre 2023 et 2025 ont tous dépassé leurs échéances, avec une durée moyenne de construction de 10,9 ans. Aucun des 13 réacteurs prévus pour 2025 n’a été achevé à temps, illustrant les risques de dépassement de coûts et de retards.
Les petits réacteurs modulaires (SMR) sont présentés comme une solution potentielle, mais le rapport souligne que leurs avantages supposés (coûts réduits, modularité, sécurité accrue) restent non démontrés. La plupart des conceptions commercialisées dépassent les 300 MW, et certaines analyses estiment que la production de déchets pourrait être de 2 à 30 fois supérieure à celle des grands réacteurs. Les projets en cours – le BWRX‑300 de GE‑Hitachi au Canada (2026), le démonstrateur Linglong One en Chine, les SMR flottants russes, et les initiatives Rolls‑Royce au Royaume‑Uni (470 MW, financement de 2,6 milliards £) – illustrent une diversification géographique mais pas encore une maturité industrielle.