Contexte juridique

Le 25 septembre 2026, la Cour d’appel du circuit de Washington D.C. a rendu une décision 2‑1 qui confirme l’interdiction imposée par le Département de la Défense américaine (DoD) d’utiliser les modèles d’IA Claude d’Anthropic. Cette décision s’appuie sur la loi de 2018 connue sous le sigle FASCSA (Foreign Acquisition and Security and Supply Chain Act), qui autorise le Secrétaire à la Défense à bloquer un fournisseur si sa technologie représente un risque pour la sécurité nationale. Un jugement antérieur, rendu le mois précédent par le tribunal de district du Nord‑Californie, avait déclaré l’interdiction illégale au regard du National Defense Authorization Act de 2011, qui impose des procédures différentes pour les sanctions aux fournisseurs.

Mécanismes de la décision

Le tribunal a jugé que le DoD disposait « ample support » pour qualifier Claude de risque, en se fondant sur les clauses d’utilisation d’Anthropic qui interdisent la surveillance de masse et la création d’armes autonomes. Le DoD avait tenté de remplacer cette restriction par une disposition autorisant « tous les usages légaux », proposition rejetée par Anthropic. Le refus d’Anthropic a conduit le Secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, à bloquer l’accès à Claude en juin 2026, affectant à la fois le personnel du Pentagone et les contractants de défense. La Cour a confirmé que le processus de notification prévu par FASCSA – informer le fournisseur et exposer les raisons – avait été respecté, malgré l’argument d’Anthropic selon lequel le DoD n’aurait pas suivi la procédure correctement.

Implications pour les fournisseurs d’IA

Cette décision crée un précédent juridique qui renforce le pouvoir du DoD d’imposer des restrictions basées sur des clauses contractuelles internes aux modèles d’IA. Les fournisseurs devront désormais anticiper que des exigences de conformité, telles que l’interdiction de certaines applications, peuvent être perçues comme des risques de sécurité nationale et entraîner un bannissement. Le cas souligne également la fragmentation législative : FASCSA et le NDAA de 2011 offrent des critères divergents, ce qui peut conduire à des décisions contradictoires selon la juridiction saisie. Les entreprises comme Anthropic doivent préparer des stratégies d’appel multiples, incluant la possibilité d’une révision par la Cour suprême, afin de sécuriser leurs contrats gouvernementaux.

Perspectives et limites

Le maintien de l’interdiction dépendra des prochains recours d’Anthropic. Une demande de réexamen devant le même panel ou la Cour d’appel en pleine composition pourrait modifier l’interprétation de FASCSA. Parallèlement, le risque d’une escalade juridique augmente, ce qui pourrait retarder l’adoption de modèles d’IA avancés par le secteur de la défense. L’absence de transparence sur les critères exacts de « risque pour la sécurité nationale » limite la capacité des fournisseurs à ajuster leurs politiques d’utilisation. En l’état, la décision renforce la position du DoD dans la régulation des technologies d’IA, tout en exposant les acteurs privés à une incertitude juridique accrue.